Lors de la prestigieuse foire de Miami, une banane scotchée au mur s’est vendue 120 000 dollars. Les médias se ruent sur ces bizarreries de l’art contemporain.

"The Comedian", l'oeuvre sulfureuse de Maurizio Cattelan
"The Comedian", l'oeuvre sulfureuse de Maurizio Cattelan © Getty / Cindy Ord

Un buzz mondial. Un galeriste français ultra-coté, Emmanuel Perrotin, exposant la dernière provocation d’un artiste italien, Maurizio Cattelan, réputé pour ses œuvres choc. Ajoutez à cela des clients fortunés prêts à claquer un max de blé pour faire parler. Et vous obtenez des journaux, des radios, des chaines de télé et des sites d’info qui commentent l’affaire - en ricanant – depuis ce week-end, jusqu’à la parodie, jusqu’à l'écœurement. 

Navrant. Car ces mêmes médias, en dehors d’une poignée de rubriques spécialisées, ne parlent JAMAIS d’art contemporain. Ou si peu. Ou si mal. 

Littérature, cinéma, musique, spectacle vivant, ça va. Les stars sont là. En revanche, où figurent la peinture, la sculpture, l’architecture dans les médias généralistes ? Quasi nulle part. Méconnus des JT, rejetés des talks-shows, parents pauvres du documentaire. Exception faite du patrimoine. La vieille pierre exposée en majesté. Ou des avant-gardes devenues patrimoine, comme le peintre Pierre Soulages, 99 ans, avec sa rétrospective au Louvre. 

Mais quid de notre modernité ? 

Les ressorts médiatiques en sont toujours les mêmes : les excès ou les accidents du marché. Gratte-ciels inflationnistes, « cathédrales de verre et d’acier » au nombre d’étages toujours plus délirants. Pics de fréquentation des expositions événement avec billetterie en surchauffe et files d’attente. Et, bien sûr, les salles des ventes. 91 millions de dollars le « lapin gonflable » de Jeff Koons, plus que les 90 millions attribués à une piscine de David Hockney. Les médias aiment les (gros) chiffres.  

Les accidents, maintenant. L’art contemporain abonné à la rubrique « insolite ». Mc Carthy installant un plug anal géant place Vendôme, l’artiste Marina Abramovic vendant son hologramme aux enchères ou mieux, l’œuvre de Banksy, mystérieux street artist, qui s’autodétruit quelques minutes après avoir été attribuée plus d’un million d’euros. Là, on a tout : l’argent, le canular, la mise en scène, bref l’insolente futilité de gadgets qui ne raconteraient rien d’autre que le snobisme d’une « coterie de riches, de critiques d’art et de fonctionnaires de la Culture », comme l’a écrit un jour Marianne dans ses pages. 

Quel désastre, quelle tristesse. Quelle impasse, surtout. Le premier « ready-made » de Marcel Duchamp date de 1914, un porte-bouteilles manufacturé qu’il se contenta de signer. La face de l’art occidental en fut radicalement changée. Les médias continuent de s’en étonner, comme si, depuis un siècle, il ne s’était rien passé. 

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