Un journaliste d’investigation russe vient d’être arrêté pour trafic de drogue.

De la drogue pour faire tomber un journaliste ?
De la drogue pour faire tomber un journaliste ? © Getty / Mihajlo Maricic / EyeEm

Il s’appelle Ivan Golounov. Il est la signature phare du site d’info indépendant Meduza. Il a publié des enquêtes sur l’opulente famille du vice-maire de Moscou, sur des affaires de marchés truqués dans le secteur des pompes funèbres ou le traitement des déchets, sur des liens entre fonctionnaires et le crime organisé. Bref, tout pour plaire en haut lieu. Avant d’expliquer le pétrin dans lequel se trouve Golounov - il risque 15 ans d’incarcération - rappelons qu’il n’est pas la première carte de presse à tomber pour détention de stupéfiants. Un journaliste tchétchène, Jalaoudi Guériev, vient apparemment de purger 3 ans de prison pour une affaire de drogue montée de toutes pièces. Un autre, Nikolaï Iarst, a fait l’objet de poursuites similaires. 

Ivan Golounov a été interpellé jeudi, en possession de cocaïne et de méphédrone (même famille que les amphets et de l’ecstasy). Une grande quantité de ces substances a été ensuite trouvée à son domicile lors d’une perquisition. Les policiers ont refusé le prélèvement sous les ongles pour attester de son contact physique avec les sachets sous scellés. Son avocat affirme que les produits ont été placés dans ses affaires à son insu. Reste à savoir si l’enquête qui suivra – il est maintenant assigné à résidence, sous contrôle judiciaire – sera en mesure d’établir la vérité. 

A sa sortie de garde à vue, il présentait des hématomes crâniens, des éraflures sur la poitrine, des fractures des côtes. Ivan Golonov dit avoir été passé à tabac par la police et affirme par ailleurs, n’avoir ni dormi ni mangé. Les autorités, qui ont refusé de lui faire voir un médecin, démentent. C’est son avocat qui l’a emmené à l’hôpital. Meduza, le média pour lequel travaille le journaliste révèle, en outre, qu’il faisait l’objet de menaces quasi quotidiennes depuis déjà plusieurs mois en raison d’une enquête en cours. 

Meduza a installé son siège à Riga, en Lettonie, précisément pour échapper aux pressions du pouvoir russe. C’est néanmoins à Moscou qu’Ivan Golounov a été arrêté provoquant un émoi considérable. Journalistes, ONG et activistes politiques se sont massivement mobilisés pour protester contre cette détention. Plusieurs des manifestants ont été à leur tour interpellés et embarqués. Le procès de Goulonov pour trafic de drogue est prévu dans deux mois. Les médias du monde entier ont déjà les yeux rivés sur son instruction.

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