Mai 1981. Avec l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir, on tremble à la radio et à la télé. Des têtes vont tomber, d’autres vont être enfin réhabilitées...

 Jean-Pierre Elkabach ici en 1971
Jean-Pierre Elkabach ici en 1971 © AFP / Aimé Dartus / Ina

Un grand chassé-croisé. Pour les journalistes estampillés de gauche, les portes du service public s’ouvrent à nouveau. Imaginez une figure comme Marcel Trillat, grand reporter, pilier de « Cinq colonnes à la Une » du temps de l’ORTF, chassée par le pouvoir gaulliste après 1968. Trillat a dû attendre 1981 pour réintégrer Antenne 2. Il y a été rappelé par l’immense Pierre Desgraupes, lui-même débarqué pour insoumission politique dans les années 1970 et réintégré à la tête de la télévision publique par Pierre Mauroy. 

Claude Sérillon. En 1979, chargé de la revue de presse d’Antenne 2 midi, il veut citer l’affaire des diamants de Bokassa qui incrimine Giscard. On le lui refuse et il est débarqué de la télé. Mitterrand est élu. Sérillon est réembauché rédacteur en chef du service société, puis présentateur du 20 heures. 

« Méfiez-vous, le PS a des listes noires et vous êtes dedans ! »

Les proches du nouveau président de la République accèdent enfin aux postes-clés

Michèle Cotta au sommet de Radio France. Ivan Levaï, récupéré par Jean-Luc Lagardère, est chargé de repenser les programmes d’Europe 1. La France a changé, il faut s’adapter et aussi, s’allier les bonnes grâces de l’Élysée. 

D’autres, en revanche, vont cher payer ce 10 mai 1981. Georges Marchais prévient Jean-Pierre Elkabach, directeur de l’information d’Antenne 2 : « Méfiez-vous, le PS a des listes noires et vous êtes dedans ! ». 

Arrivent les législatives. Le soir des résultats, Gaston Deferre croise Elkabach et Maurice Ulrich, le PDG de la chaîne : « Quoi ? Vous êtes encore là tous les deux ! ». Maurice Ulrich est évincé. Elkabach s’inscrit au chômage (la roue tourne, c’est lui qui avait viré Sérillon sous Giscard). Alain Duhamel, présentateur de l’incontournable « Carte sur table » est suspendu. Jean-Marie Cavada, chef des infos de La Trois, perd son poste. Idem pour Étienne Mougeotte chez Europe 1. 

Tiens, Europe 1. Vous savez qui s’est chargé de couper toutes ces têtes pour Mitterrand ? Un certain Georges Fillioud, ministre de la communication en 1981. Le même qui, journaliste à Europe 1, 15 ans auparavant, fut brutalement interdit d’antenne. Georges Fillioud avait osé signer le manifeste pour l’union des gauches. Appel lancé par un certain François Mitterrand en 1966. Il ne faut jamais insulter l’avenir.

L'équipe
Contact