Aujourd’hui, ouvre à Paris le premier des kiosques à journaux nouvelle génération.

Quelle affaire ! 58 000 signatures hurlant contre le prototype de la designeuse Matali Crasset. « Gardons le charme du Paris d’antan ! Il serait dommage de laisser notre capitale dénaturée de ses spécificités pour être enlaidie ». Les Républicains du Conseil municipal y ont été aussi de leur appel à la sauvegarde de l’esprit patrimonial. 

Les kiosques historiques sont des emblèmes haussmanniens, dessinés par Gabriel Davioud, architectes des deux théâtres de la place du Châtelet et de la fontaine Saint-Michel. Du coup, la ville s’est exécutée, faisant revenir le projet au vert bouteille, ajoutant de nervures sur le toit, de festons et des gondoles. Bref, la panoplie 19ème en toc, « à la façon de », c’est Viollet le Duc qui aurait été content. 

Ce qui ne change rien à la situation dramatique des marchands de journaux. 

Dramatique. Regardez, ce soir sur France 5, le documentaire de Claire Lajeunie sur la pauvreté. Parmi les témoins, Erwann, kiosquier dans le très cossu et très passant quartier de la Madeleine. Il gagne entre 1 et 3 euros de l’heure. Il travaille, debout, 10 heures par jour, donc parfois, pour 10 euros en tout. Il habite à 60 kilomètres. Paris est trop cher. Il paie une vendeuse pour le remplacer un peu, sinon il ne verrait pas sa fille. Souvent, la recette ne suffit pas. La vendeuse, c’est pour sa poche. 

En 10 ans, la vente au numéro, c’est-à-dire l’exemplaire que vous achetez en kiosque, a chuté de moitié. Pour préserver la pluralité de la presse, on impose aux marchands des titres qu’ils n’écouleront jamais. Quant au système d’acheminement des journaux et de reprise des invendus, il dysfonctionne au point de s’écrouler complètement.  

Les futurs 360 kiosques parisiens ont été pensés pour y remédier. Plus de linéaire, la possibilité pour les clients d’entrer et de feuilleter. Des services : billetterie, prise pour charger son mobile, boissons et souvenirs qui font vivre les vendeurs de presse. Et pour certains : des toilettes. Ça paraît bête. Mais votre kiosquier fait pipi dans une bouteille en plastique sous son comptoir. Total, pas de candidats pour le job, à moins de ne pas avoir le choix. C’est un peu le cercle vicieux. Difficile de relancer la presse avec des gens qui ne connaissent pas les journaux, qui ne peuvent pas donner au passant l’envie d’acheter des mots.  

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