Hier matin, le site “Arrêt sur images” publiait "en avant-première" le discours qu’Emmanuel Macron allait prononcer le soir-même.

Le plateau d' "Arrêt sur Images", ici en 2000
Le plateau d' "Arrêt sur Images", ici en 2000 © AFP / Thomas Coex

Le texte était présenté comme une fuite, livrée par une source anonyme. Sa teneur – un franc mea culpa droits dans les yeux et l’annonce d’une prochaine dissolution de l’Assemblée Nationale – méritait que ce document soit diffusé dès 9h12, comme l’expliquait en préambule Daniel Schneidermann, fondateur d’Arrêt sur images

Que s’est-il passé ensuite ? Ce discours bidon – tout y est bidon – s’est propagé sur les réseaux sociaux, hâtivement partagé par des comptes notamment de gilets jaunes aux aguets qui l’ont pris pour argent comptant.

Aïe

Il fallait lire le papier jusqu’au bout. Daniel Schneidermann, plume trempée dans le mauvais esprit, se livrait en fait à un exercice de style. Ecrire l’allocution comme il aurait aimé qu’elle fût, teintée « du panache, de la franchise et de la lucidité dont était crédité notre jeune président avant son élection ». 

Seulement voilà, sur Internet, personne ne lit jamais rien jusqu’au bout. 

Or, ni le titre, ni les neuf premiers paragraphes n’indiquaient la satire. Schneidermann avait même intégré « Françaises, Français, mes chers compatriotes » en incipit, plus une indication pour le final : « plan large sur l’Elysée » et la Marseillaise. 

Daniel Schneidermann n’a cherché à piéger personne

Rien à voir avec des sites tels que Nordpresse qui singent les médias pour créer la confusion. 

Rien à voir, non plus, avec cet internaute italien qui annonce la mort de personnalités jusqu’à tromper les agences de presse et dénoncer ensuite les ravages de l’info mondialement dupliquée. 

D’ailleurs, Daniel Schneidermann est lui-même un féroce critique des mécaniques médiatique et le père du fact checking, vérification de l’information qu’il a imposée en France dès 1995. Comique quand même, le père du fact checking qui se retrouve malgré lui à l’origine d’une intox ! 

Quelle leçon en tirer ?

La leçon, c’est qu’on ne publie pas sur Internet comme on le fait dans une page de Libération

Ouvrant un journal, le lecteur sait à quoi s’attendre. Sur les réseaux sociaux, tout se vaut, se mélange, rien ne surprend et peu connaissent monsieur Schneidermann. 

En outre, la lecture sur Facebook est d’une autre nature. Elle est forcément orientée par l’enthousiasme ou l’inquiétude de l’ami qui partage. On est hilare ou flippé avant même de commencer à lire. Car le partageur a plus de poids que l’auteur. 

Stylistes et journalistes devront s’y faire.   

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