Jesus Ramos Rodriguez, journaliste mexicain, a été assassiné samedi, dans une région rongée par le narcotrafic.

Il s’appelait Jesus Ramos Rodriguez. Il présentait le journal de la station 99.9 FM depuis 20 ans. Son assassinat a eu lieu dans un restaurant du centre ville en plein jour, à Emiliano Zapata, commune du Sud-Est du Mexique. Cette région longe le Guatemala. Des cartels de la drogue s’y sont implantés, avec leur cortège de racket de commerçants, pillages de carburants et trafic de migrants. Bref, une zone ultra-dangereuse. Dans un pays que sa violence a propulsé à la deuxième place du classement mondial des Etats les plus meurtriers pour les journalistes. Le Mexique arrive juste après la Syrie, c’est vous dire si posséder une carte presse là-bas équivaut à un passeport pour la mort. 

Il y a trois semaines, Rafael Murua, 34 ans, directeur d’une radio dans l’Etat de Baja California, a également été exécuté. Il faisait déjà l’objet de menaces et de harcèlement. A ce titre, il bénéficiait d’un programme gouvernemental de protection des journalistes et des défenseurs des droits de l'homme. Un simple bouton d’appel d’urgence. Pas de garde du corps. En septembre, Mario Gomez du quotidien Herlado de Chiapas est abattu en sortant de chez lui. En juillet, c’est le directeur de l’hebdomadaire Playa News qui est liquidé par balle. Son média couvrait tout ce qui était en lien avec le crime organisé. L’année précédente, Javier Valdez avait payé de sa vie ses enquêtes sur le narcotrafic. J’arrête ici le bain de sang. 

Face à des mafias qui massacrent tout ce qui bouge sur leur chemin, les moyens humains et matériels manquent pour protéger les cibles. 143 journalistes assassinés depuis l’an 2000. Et 99,75% de ces homicides sont restés impunis. Un parquet fédéral a pourtant été créé pour enquêter spécifiquement sur ces dossiers et, surtout, les sortir de leur juridiction locale. Mais trop peu se hissent jusqu’à un tribunal national. Or, c’est là, dans chaque région, que se forge l’impunité des meurtriers. Qui dit mafia, dit corruption locale : élus, administration, notables. Il est aussi dangereux pour un journaliste de couvrir les agissements des « narcos » que leurs réseaux de complicités dans leur pré-carré. Et nul ne sait, au final, qui alerte sur l’enquête et qui a intérêt à la faire taire. Car au Mexique, on arrête la main qui tenait l’arme, pas le cerveau qui a commandité le crime. 

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