Aux Etats-Unis, deux femmes journalistes sont menacées de mort pour avoir évoqué le viol dont a été soupçonné le basketteur Kobe Bryant.

Suite aux accusations de viol dont il a fait l'objet, Kobe Bryant (ici avec sa femme Vanessa) avait donné une conférence de presse
Suite aux accusations de viol dont il a fait l'objet, Kobe Bryant (ici avec sa femme Vanessa) avait donné une conférence de presse © Getty / Kirby Lee

Pour ceux qui l’ignorent, Kobe Bryant est une légende du basket américain, décédé dans un crash d’hélicoptère le 26 janvier, avec sa fille de 13 ans. Emotion mondiale. Deuil quasi national aux Etats-Unis. Question : les journalistes peuvent-ils, dans ce torrent de larmes médiatiques, rappeler que Kobe Bryant a été accusé de viol en 2003 ? 

Le procès de Kobe Bryant n’a jamais eu lieu. La victime présumée ayant renoncé à témoigner. Il a toujours dit, lui, qu’il pensait son accusatrice consentante. Il lui a néanmoins présenté des excuses publiques et versé une somme très conséquente au civil. 

Polémique dès le soir de la mort du joueur. Une journaliste du Washington Post publie une série de tweets où elle relate l’affaire de 2003. Elle est immédiatement suspendue par sa direction qui juge son poste malvenu. Elle vient d’être réintégrée. 200 de ses confrères ont dû signer une lettre demandant qu’elle soit soutenue, mais aussi protégée, car son adresse a été diffusée et elle est menacée.

Dans la foulée, une figure de la télévision américaine, Gayle King, interviewe sur CBS une célèbre joueuse de basket. Elle réexplique les soupçons de viol et lui demande : « C’est compliqué pour vous, en tant que femme basketeuse d’assumer l’héritage de Kobe Bryant ? ». La joueuse en question a bien connu Kobe Bryant. Gayle King ne la lâche pas et revient trois fois sur l’affaire. Ce n’est pas une maladresse. Gayle King a 65 ans, elle sait ce qu’elle fait. Quitte à s’attirer les foudres des supporters qui la vouent aux gémonies.   

Le plus intéressant étant les attaques qui émanent des afro-américains. Certains reprochent à Gayle King, une femme noire, de jouer le jeu des blancs en alimentant le fantasme de l’homme noir, donc violeur. 

Bref, un déchaînement de haine, de misogynie et de paranoïa communautariste sans intérêt, à ceci près qu’il soulève l’épineuse question de la nécrologie. Elle se pose à nous tous, journalistes. Doit-on TOUT dire d’un mort ? Spontanément, on aurait tendance à minimiser ce qui fâche, à s’imposer un délai de décence. Mais comment définir la règle et l’usage d’une telle période d’autocensure ? Dès qu’on s’y attelle, ça ne tient pas. Tout dire, oui. La vie d’un homme est une et indivisible. On doit en raconter les meilleurs et les pires côtés, c’est ce qui fait une personnalité. Mettre l’émotion de côté, s’atteler à informer. Aux morts, pas de crime de lèse-majesté. 

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