Hier, Marine Le Pen était jugée pour avoir tweeté trois photos de meurtres et de tortures commis par Daesh.

Marine Le Pen en 2021 au Tribunal de Nanterre
Marine Le Pen en 2021 au Tribunal de Nanterre © AFP / Christophe ARCHAMBAULT

Décembre 2015, année des attentats à Paris. Jean-Jacques Bourdin interviewe sur RMC et BFM TV l’islamologue Gilles Kepel. 

Outrée par ce rapprochement entre Daesh et le FN, Marine Le Pen poste sur Twitter l’image d’un soldat écrasé sous un char, celle d’un pilote brûlé vif dans une cage et celle du journaliste James Foley décapité. En légende, la mention « Daesh, c’est ça ».

Marine Le Pen comparaissait hier au tribunal de Nanterre pour "diffusion de message violent accessible à un mineur"

Cet article de loi date de 1992, époque du Minitel rose. La France voulait ainsi protéger sa jeunesse d’une pornographie que le numérique allait bientôt mettre à portée de clic. Ce faisant, le législateur se débarrassait de ce que le droit traditionnel qualifiait « d’outrage aux bonnes mœurs ». Une notion délicate à définir en cette fin de 20ème siècle. 

La question, dès lors, est : pourquoi faire appel à ce texte dans le cas de Marine Le Pen ? « Parce que c’est le seul et qu’il est parfaitement opérant », m’a répondu maître Christophe Bigot, avocat spécialisé en droit de la presse. Dans les faits, rendre accessible à tous des images pornographiques, violentes ou attentatoires à la dignité humaine constitue un délit. 

Seulement voilà, la présidente du Rassemblement National estime avoir fait de « la pédagogie » en montrant les crimes de Daesh, non pas pour les banaliser, mais bien pour en rappeler la monstrueuse singularité et donc, l’aberration d’une comparaison avec un parti d’extrême-droite français. 

La défense de Marine Le Pen peut parfaitement s’entendre. L’argument « pédagogique » semble imparable. Nous avons tous en tête les charniers des camps de concentration dont l’iconographie est reprise autant par les manuels d’Histoire que par les documentaires à la télévision.

L’avocat que j’ai interrogé reconnaît « un effet pervers de la loi. Comment expliquer la barbarie sans la montrer ? ». Marine Le Pen l’a souligné, hier, dans le prétoire : « C’est le crime qui porte atteinte à la dignité humaine, pas sa reproduction en photo ».

Au juge désormais de trancher en examinant le contexte et les intentions de la présidente du R.N lorsqu’elle a tweeté ces trois clichés. Illustrer l’horreur du terrorisme risque de s’avérer difficilement condamnable. En revanche, chercher à en tirer un bénéfice politique pourrait l’être. 

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