C’est le clip vidéo de l’année, déjà visionné 61 millions de fois sur le Net depuis dimanche…

Childish Gambino en concert en février 2018
Childish Gambino en concert en février 2018 © AFP / NEILSON BARNARD / GETTY IMAGES NORTH AMERICA

« This is America ». Une bombe médiatique lâchée sur l’Amérique. Impossible ici de vous citer les journaux et télés, du « New-Yorker » à CNN, qui s’en sont emparés. C’est une fièvre de l’exégèse. Chaque plan est scruté, chaque détail interprété. Imaginez un bâtiment industriel désaffecté. Le chanteur n’a que son jean blanc, il est pieds et torse nus. Il entame une danse, désarticulée, possédée. Un musicien noir s’assied pas loin, guitare en main.     

Une balle dans la tête. La dépouille sanguinolente git à terre. L’arme, elle, soigneusement nettoyée. Et le protagoniste de poursuivre sa chorégraphie, rejoint par un groupe d’écoliers en uniforme, au cours d’un somptueux plan séquence d’une minute quarante dans lequel on croise policiers et émeutiers, gamins masqués filmant de leur téléphone portable. Ce n’est pas cruel, c’est cru, ce langage visuel. A l’ultra-violence se mêle l’indifférence. A la brutalité, les références. Le bouillonnement est sans cesse contredit par l’épure. Le burlesque sert d’exutoire à la haine. Ecartelé qu’est le spectateur entre la virulente dénonciation de la condition noire et le divertissement crânement revendiqué. C’est ça l’Amérique, d’ailleurs, c’est le titre. 

Les paroles martèlent : « Get your money, black men », « Va chercher ta thune », sous-entendu, « va chercher ta thune et ferme-là ». 

Fin du plan séquence. Chorale de gospel sur son estrade.

Cette fois, c’est à la kalachnikov qu’ils sont abattus. Imaginez l’impact dans une Amérique déchirée par la question des armes à feu. Childish Gambino signe « This is America ». Pseudo. Celui de Donald Glover. Chanteur, danseur magnétique, mais aussi concepteur d’une série coup de poing, à voir d’urgence. Elle s’appelle « Atlanta », ville dont Glover est originaire.  

Revenons au clip. Il arrive après les rafales de tweets de Kanye West, rappeur méga-star qui, d’un seul coup, s’enflamme pour Trump et légitime l’esclavage. Incompréhension. Tollé. Alors, faut-il faire de Donald Glover un anti Kanye West ? Pas sûr. Haut niveau de mise en scène du cynisme et de la provocation, dans les deux camps. Reste que l’Amérique n’aura jamais autant disséqué les mots et les images de ses rappeurs noirs.          

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