Au tour des agences de publicité d’être touchées par une séries d’enquêtes et de témoignages révélant des managers brutaux et sexistes.

Retour sur les scandales de harcèlement sexuel et de discrimination dans les entreprises médiatiques
Retour sur les scandales de harcèlement sexuel et de discrimination dans les entreprises médiatiques © Getty / Art Wager

Et comme au moment du scandale de la "Ligue du LOL" impliquant des signatures de Libération ou des Inrocks, on voit fleurir cette expression débile et paresseuse qui caractériserait  l’ensemble de ces médias ou entreprises de communication : « la culture du cool ». Avec l’idée, elle aussi débile et paresseuse, que ces comportements abjects seraient d’autant plus surprenants, voire plus inappropriés, qu’ils ont lieu dans des boites prônant « la culture du cool ». 

Mais enfin ! Ces affaires de harcèlement sexuel et de discrimination éclatent aujourd’hui pareillement dans l’Eglise catholique, dans les écoles militaires ou au Parti Communiste français, incarnant l’exact opposé du « cool ». Ces affaires n’en sont pas moins graves et moins choquantes. "Ben si", assènent certains, le plus dérangeant est la contradiction entre les « valeurs » et les faits, entre l’image qu’on donne de soi et le sort réservé en réalité aux collaborateurs, notamment aux femmes. 

Eh bien, je ne suis pas d’accord. Pour commencer, c’est oublier un peu vite quelles sont les « valeurs » des soi-disant « pas cools ». La vocation du catholicisme est d’aimer, celle de l’armée française de protéger, du communisme, de mettre à égalité. En fait, citez-moi une institution ou une entreprise dont les « valeurs » affichées sont le sexisme et la maltraitance : vous n’en trouverez pas. Donc, le scandale est partout, il n’est pas affaire de contradiction. Et il n’est pas plus contradictoire dans le secteur de la pub que n’importe où ailleurs

A moins… qu’on ne confonde bêtement la nature de ce que produit une entreprise et la nature de l’entreprise elle-même. Une usine qui fabrique des jouets n’est pas une entreprise où l’on joue. Un journal qui couvre l’actualité culturelle n’est pas une entreprise où l’on chante, danse et dessine toute la journée. Une agence qui conçoit des campagnes de pub « cool » n’a pas pour vocation « d’être cool ». Non, sa vocation est de gagner de l’argent. Le secteur de la communication est soumis à des ratios de profitabilité féroces, 15% avant impôt minimum. La pression y est harassante. Alors, pointer le « cool » dans ces boites-là revient soit à perpétuer des stéréotypes franchement ineptes, soit à ricaner en douce en suggérant que (ah ! ah !) les bobos et les branchés trinquent à leur tour. Dans les deux cas, journalistiquement, c’est un manquement. 

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