Un journaliste nigérien a été arrêté après avoir signalé un éventuel cas de coronavirus à l’hôpital de Niamey, la capitale du Niger.

Le jeune journaliste, également militant des droits de l’homme, poste sur Facebook ces infos : « un cas suspect – un homme italien – fermeture du service des urgences ». Il est 14h. À 17h, il précise, toujours sur Facebook : « il ne s’agit que d’une suspicion mais les analyses sont en cours par mesure de prudence ». Démenti immédiat de l’hôpital. Et, au final, diagnostique négatif pour le ressortissant italien. Le Niger, pour l’heure, épargné par l’épidémie. Tout est bien qui finit bien ? 

Kaka Touda Mamane Goni, c’est le nom du confrère nigérien, est arrêté à son domicile dans la foulée. Il est maintenu quatre jours en garde à vue. Puis, présenté lundi au tribunal de grande instance. Poursuivi pour « diffusion de données de nature à troubler l’ordre public », il a été placé sous mandat de dépôt à la prison de Niamey. 

La manœuvre d’intimidation à l’attention de toute la presse nigérienne est plus qu’explicite

Elle ouvre la voie à une réflexion sur comment la lutte contre la désinformation peut virer à l’interdiction d’informer. Ce fut, au commencement de l’épidémie, le cas en Chine. Mais le Niger n’est pas la République populaire chinoise. Le Niger est une démocratie confrontée au terrorisme djihadiste, comme ailleurs au Sahel. L’état d’urgence y a été décrété il y a deux ans. Et des mesures sécuritaires supplémentaires ont été récemment instaurées pour tenter d’enrayer les attaques meurtrières, notamment à la frontière avec le Mali. 

Or, force est de constater que, dans le même temps, la liberté de la presse s’est méchamment détériorée au Niger. Les médias, déjà en grande précarité économique, vivent sous la menace constante de fermetures arbitraires décrétées par le pouvoir politique et les journalistes sous la menace de procès ou d’arrestation. Le régime du président Mahamadou Issoufou semble plonger dans l’autoritarisme et la paranoïa.

C’est tout l’enjeu des pays qui se dotent d’un arsenal législatif anti-terroriste, de lois censées protéger la sécurité nationale et l’ordre public qui se transforment en nasse liberticide pour l’information. Le risque que fait encourir tout état d’urgence à l’état de droit dont il est l’émanation. C’est tellement plus voyant quand ça se passe ailleurs que chez nous. Kaka Touda Mamane Goni : quatre jours de garde à vue et une détention provisoire pour un post de 4 lignes.

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