Le président bolivien, Evo Moralès, vient d’annoncer sa démission. Vous revenez sur l’un des épisodes qui a secoué le pays ce week-end.

On vous en parlait à 8 heures, ça faisait 3 semaines que le résultat des élections était contesté par la rue. Point d’orgue de ces manifestations, samedi, les opposants à Evo Moralès ont occupé deux médias d’Etat. La télévision Bolivia TV et la Radio Patria Nueva qui n’ont plus diffusé que de la musique. Et pour cause, tout le personnel a été contraint de quitter les locaux sous les huées et les slogans. Dans un dernier sursaut combatif, Evo Moralès a pointé « ceux qui prétendent défendre la démocratie en Bolivie mais qui agissent en fait comme des dictateurs ».

Car le contrôle de l’audiovisuel public, même momentané et symbolique, renvoie en Bolivie à une longue tradition politique. La télévision naît là-bas tard, en 1969. Très peu de temps après, coup d’Etat, le militaire d’Adolfo Suarez prend le pouvoir et fait du média télé son outil de propagande favori alors qu’il fait fermer plusieurs stations de radios, jugées subversives, notamment celles des mineurs et de leurs syndicats à travers le pays. Dans les années 70, le gouvernement et la corporation minière de Bolivie distribuaient même des postes de télévision aux mineurs pour les tenir sous leurs coupes ! C’est de haute lutte, que ces derniers obtinrent la réouverture de leurs radios. 

De son côté, la télé publique bolivienne a connu depuis des ouvertures et des replis successifs en fonction des régimes en place. La télé, parfait baromètre de la démocratie bolivienne. Evo Moralès étant, lui, revenu à une conception assez archaïque du média financé par l’Etat, c’est à dire une grille de programmes régulièrement interrompue par les discours du président. 

Ce n’est donc pas un hasard si l’opposition a choisi ce symbole-là, le contrôle de la télévision publique, pour faire du bruit samedi. Vous savez qui est l’adversaire politique d’Evo Moralès ? Carlos Mesa, certes ancien chef de l’Etat avant Moralès et par ailleurs, historien de formation, mais également producteur et journaliste de télévision. L’homme fut patron de chaines et même directeur des journaux télévisés de l’audiovisuel public avant d’accéder au pouvoir. Il sait qu’en occupant ces médias, de nos jours, l’impact est faible sur la circulation de l’information. Mais Carlos Mesa ferme là un robinet emblématique, l’outil qui a servi, depuis 50 ans, à écrire un roman national à l’image de chaque président. 

Ainsi, est-ce privé de son porte-voix préféré qu’Evo Moralès a dû démissionner.   

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