L'acteur phare de la série à succès "Prison Break" refuse de continuer à jouer son rôle. Pourquoi ?

Wentworth Miller, acteur emblématique de "Prison Break"
Wentworth Miller, acteur emblématique de "Prison Break" © Getty / Mark Schafer/CBS

Parce que Wentworth Miller est homosexuel et qu’il ne veut plus interpréter son personnage qui, lui, est hétérosexuel. Tant pis pour les millions de fans éplorés. Tant pis pour les filles qui sont tombées amoureuses d’une illusion. Wentworth Miller, beau comme un dieu, ne veut plus mentir à l’écran. Vous me direz « quelle aberration ! ». Il est comédien. Sa vocation est précisément d’incarner un autre que lui-même.

Oui et non. Il y a débat, depuis l’antiquité, sur le sujet. D’un côté, les tenants de la distanciation brechtienne et du « paradoxe » de Diderot « sur le comédien » pour lesquels l’acteur s’aliène délibérément - plus le rôle lui est étranger, meilleur il sera -, de l’autre Aristote ou l’Actors Studio américain qui prônent une pleine identification de l’acteur à son personnage, lui demandant d’aller puiser au plus profond de sa vérité ce qui nourrira la fiction. Pour Wentworth Miller, peu importe, il n’assume plus la dissonance entre ses deux « moi ». Il l’explique dans un post sur Instagram courageux et très bien écrit.

Je rappelle qu’avant d'être la star de « Prison break », série américaine testostéronée et méga tarte, ce jeune anglais brillant était sorti diplômé en littérature de l’université de Princeton. Métisse de peau, mêlant des origines libanaises, jamaïcaines et allemandes, il a très tôt pris, sur la question de l’identité, des positions subtiles et intelligentes. Quant à son coming out, il date d’il y a 7 ans. Comme un coup de tonnerre du point de vue du public, mais, de son point de vue à lui, un acte éminemment politique. Il était, en 2013, invité à un festival en Russie et il protestait ainsi contre les lois homophobes votées dans ce pays.

Par ailleurs, Wentworth Miller, en demandant à pouvoir pleinement assumer son homosexualité à l’écran, fait ressurgir sans les citer la fantomatique cohorte des acteurs hollywoodiens enfermés dans le placard du mensonge et de la honte. Or, croyez-vous que la liste ce soit arrêtée à Rock Hudson, Cary Grant et Anthony Perkins ? Non, bien d’autres leur ont succédé, jusqu’à aujourd’hui. Moins dans la peur, certes, mais toujours dans un flou savamment entretenu pour continuer à avoir des rôles. Pour continuer à faire rêver. Hollywood, la libérale, n’est pas à une ambiguïté près.

Wentworth Miller voudrait offrir un autre modèle de carrière aux jeunes gays qui cherchent à s’identifier. De là à faire mentir Bertold Brecht et Denis Diderot ? C’est triste, mais c’est l’époque !  

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