Vincent Bolloré, actionnaire majoritaire du groupe Vivendi, donc, de Canal+, vient de racheter un hebdomadaire chrétien, "La France catholique". Moins de 10 000 abonnés et de grandes difficultés. Vincent Bolloré propose d’y remédier.

L'homme d'affaires Vincent Bolloré
L'homme d'affaires Vincent Bolloré © AFP / Eric Piermont

Il charge sa filiale, les Editions du Point du jour, de reprendre le journal. Et il confie les clés du tout à un certain Aymeric Pourbaix, qui pilotait, à Rome, une agence de presse spécialisée dans l’actualité vaticane. Aymeric Pourbaix a aussi dirigé une autre publication Famille chrétienne et il organise, chaque année, le pèlerinage annuel des médias, l’occasion pour les journalistes catholiques de remettre leur pratique en accord avec leur foi. Ou l’inverse. Je ne sais pas. 

Pourquoi un homme d’affaires comme Vincent Bolloré fait-il cet investissement ? 

Pas pour l’argent. Il n’en tirera pas. Par conviction personnelle. Vincent Bolloré n’a jamais caché être pratiquant. 

En revanche, il est beaucoup moins disert sur les dons et rachats qu’il a multiplié à cet égard. Et il ne parle jamais d’un personnage très influent, à ses côtés depuis 20 ans. Son confesseur, dit-on, l’Abbé Grimaud. Peu ont enquêté sur ce prêtre. 

Jean-Pierre Canet et Nicolas Vescovacci lui ont consacré un chapitre entier dans leur livre « Vincent tout-puissant ». L’Abbé Grimaud dirige le foyer Jean-Bosco dans le XVIe arrondissement, racheté par Vincent Bolloré et financé par des entreprises qu’il contrôle. L’Abbé gère aussi une grande partie des œuvres de charité de Bolloré. Les deux journalistes qui s’y sont intéressés s’interrogeaient dans le bouquin : en plus d’être un directeur de conscience, l’Abbé Grimaud fera-t-il office de conseiller éditorial auprès de Bolloré qui a constitué un grand groupe de médias ? 

Cette réflexion m’avait parue tirée par les cheveux. Maintenant que l’homme d’affaires breton rachète La France catholique, je constate deux choses. 

D’abord cet hebdo, fondé en 1924 contre l’influence du Cartel des gauches, appartient à la frange réactionnaire de la presse chrétienne. Or, l’abbé Grimaud, ancien vicaire de Saint-Germain-l’Auxerrois, est un prêtre traditionaliste. 

Ensuite, la nomination d’Aymeric Pourbaix à la tête du journal. Par curiosité, j’ai consulté le programme de ce fameux pèlerinage annuel des journalistes. Qui le co-organise avec Aymeric Pourbaix ? L’Abbé Grimaud, encore lui. Le vicaire place donc un proche à la direction d’un média racheté par Bolloré. 

Comme quoi, l’obédience religieuse d’un patron de presse ne relève pas seulement de la vie privée. 

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