Cet après-midi, on devrait annoncer aux journalistes de L'Express qu'ils changent de propriétaire, mais pas de patrons.

L'Express change de propriétaire… mais pas de patrons.
L'Express change de propriétaire… mais pas de patrons. © Getty / R.Tsubin

C’est tordu, mais au point où ils en sont… Alain Weill dirige en effet toutes les activités de médias appartenant à l’homme d’affaires Patrick Drahi ainsi que l’opérateur SFR. L’Express en fait partie. Drahi s’en débarrasse. Qui le reprend ? Alain Weill lui-même, personnellement. Pour en faire quoi ? On le saura probablement cet après-midi. 

D’ici là, inquiétude et lassitude des salarié de ce newsmagazine qui change ENCORE de mains. Créé par Jean-Jacques Servan-Schreiber en 1953, L’Express entame sa valse des actionnaires à la fin des années 70. Le milliardaire Jimmy Goldsmith, Havas devenu Vivendi Universal Publishing, le groupe Dassault et, enfin, les Belges de Roularta. En 2015, Patrick Drahi rachète le titre. On en est là. 

Le journal, lui, va de plus en plus mal. Et redoute l’ouverture d’une énième clause de cession qui encouragera des départs. 257 000 exemplaires. 21 000, seulement, vendus en kiosques. Rien n’a enrayé la chute du papier. C’est d’ailleurs là que tout le monde attend le futur nouveau propriétaire, Alain Weill, connu pour son pragmatisme. Le papier, oui, mais tant que ça rapporte. Pas d’autres formes d’attachement. Seulement, pour tuer le papier glacé, il faut une marque forte sur le numérique où L’Express n’émerge pas. Car ce qui manque le plus à L’Express depuis des années, quel que soit le support, c’est une vision éditoriale.   

Après le dernier rachat par Patrick Drahi, Christophe Barbier, emblématique directeur de la rédaction à écharpe rouge, s’est fait sortir. Il a été remplacé par Guillaume Dubois, qui a tenté une réorganisation des équipes, mais a manqué de projet éditorial clair. Exit aussi. Un nouveau nom a été proposé par l’actionnaire, Philippe Jeannet, massivement rejeté par la rédaction du magazine réunie en assemblée au mois de novembre. Depuis, les journalistes attendent. Ils n’ont toujours pas de tête pensante.

Ironie de l’Histoire, l’errance de L’Express, alors même qu’entre en campagne et qu’est élu un jeune Président de la République dont le programme ressemble au bréviaire libéral, progressiste, européaniste et transgressif de Jean-Jacques Servan-Schreiber après-guerre. Macron a commencé par prôner les valeurs originelles de L’Express… qui n’est plus assez-lui-même pour le revendiquer. Attendons de voir si c’est ce qu’Alain Weill entend réanimer. Bon, cet homme à qui tout a réussi, RMC, BFM TV, a connu un échec cuisant dans sa vie d’entrepreneur. Sa reprise de La Tribune. Un journal.   

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