L’une des principales écoles de journalisme, le CFJ, à Paris, renonce aux épreuves écrites lors de son concours d’entrée.

Faut-il sélectionner les journalistes à l'écrit ?
Faut-il sélectionner les journalistes à l'écrit ? © Getty / Dmitry Ageev

Et ça fait hurler. « Dernière contribution en date à la crise de la presse écrite », commente une consoeur. « L’écriture reste un moyen essentiel d’articuler un discours et une pensée », martèle un autre...

Ils ont raison. Mais qui a dit que cette école n’allait pas apprendre à écrire à ses étudiants ? Qui a dit que des épreuves écrites, composées pour moitié de questionnaires à choix multiples (des croix dans des cases), attestaient du rapport à l’écrit chez un gamin ? Ceux qui y réussissent le mieux, constate la direction du CFJ, sont des as du bachotage. Avalant les annales des concours passés. Régurgitant le b-a-ba de ce qu’on appelle la « Culture Générale ». Ce savoir qui présente bien, ce savoir qui – une fois réduit et formaté – ne fabrique pas de pensée, ce savoir dont on sait à quel point il est socialement discriminant.  

D’ailleurs, ça n’a pas loupé

Une fois, à l’oral. Les meilleurs à l’écrit s’avèrent incroyablement vides devant le jury qui se demande s’il n’est pas en train de laisser filer les aspirants les plus futés, les plus curieux, les plus créatifs, les plus engagés, les plus citoyens. Donc, là où les uns voient un nivellement par le bas, les autres voient dans l’abandon des épreuves écrites une école de journalisme qui veut en finir avec la reproduction : toujours les mêmes profils, issus des mêmes formations et des mêmes milieux. A l’heure où le journalisme est qualifié de « caste » - mot employé par Nicolas Dupont-Aignan comme par Jean-Luc Mélenchon – il est bon d’en diversifier le recrutement. 

Est-ce seulement la faute des écoles ? 

Elles ont fabriqué des moules à journalistes. Mais les médias sont aussi archi-responsables en ne recrutant que les mômes qui en sortent. Il y a 20 ans, je quittais ma fac de philo pour entrer au « Figaro ». Un stage, par hasard. Après, ça s’est fermé. Pas d’école de journalisme, pas de stage. J’ai vu la fin d’un monde. S’y mêlaient des ouvriers du livre reconvertis, d’anciens profs, des autodidactes formés sur les terrains de guerre, des vieux fachos et des ultra-gauchos. Des doubles particules et de gueules cassées qui se castagnaient. C’était bien. Aujourd’hui, on s’engueule beaucoup moins dans les rédactions. On se ressemble trop. Au risque de ne plus ressembler à personne. 

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