Les rencontres cinématographiques de Dijon viennent de s’achever. Canal+ et le cinéma français ont enfin signé un accord.

Nul ne sait ce que Vincent Bolloré, actionnaire majoritaire de Canal +, a en tête pour l’avenir de la chaîne
Nul ne sait ce que Vincent Bolloré, actionnaire majoritaire de Canal +, a en tête pour l’avenir de la chaîne © AFP / ERIC PIERMONT

A mettre à l’actif du tout nouveau ministre de la Culture, Franck Riester, qui s’est avéré sur ce dossier à l’arrêt, d’une efficacité exemplaire. Les films passeront plus vite à la télé, là-dessus tout le monde était déjà d’accord. En revanche, Canal+ a obtenu de produire complètement 4 films français par an. Pas une petite moitié de production, comme Le Grand Bain de Gilles Lellouche, par exemple. Pourquoi ça bloquait ? Parce que Canal+ devient producteur à part entière, alors qu’il est déjà distributeur et diffuseur. Ça fait un seul acteur qui contrôle toutes les clés du marché français. C’est très dangereux pour les indépendants.

Justement, Canal+ a accepté que le CSA vérifie le bon équilibre des sommes promises et des sommes dépensées. 

C’est d’autant plus crucial que le montant alloué par Canal+ au cinéma produit en France a fait l’objet d’un marchandage complexe. En effet, le chiffre d’affaires de Canal+ a déjà baissé et chutera encore lorsque Canal+ perdra la diffusion du foot tricolore. En outre, Canal+ gagne des abonnés, oui mais des abonnés à petits prix. Bref, un nouveau mode de calcul a été trouvé pour les 4 ans à venir. 

Sauf que, dans 4 ans, qui dit que Canal+  sera encore français ? Dans l’accord signé, Canal+ s’oblige à demander le renouvellement de sa fréquence hertzienne. Cela concerne seulement 600 000 abonnés qui regardent ces chaines sur la TNT. Une broutille. En fait, c’est colossal. Si Canal+ n’a plus de fréquence, Canal+ peut être revendu dès le lendemain à Orange ou à Sky, des Américains, ou à d’autres. Si Canal+ dépose un dossier de renouvellement pourri, si le CSA dit non, les conséquences sont vertigineuses. Pas seulement parce que Canal+ est le premier argentier du cinéma. Mais aussi parce qu’il possède le plus beau catalogue de films français et européens. Un bien culturel précieux qui pourrait passer dans des mains étrangères. Or, ces films ont souvent été financés par de l’argent public, notre argent.

A Dijon, la semaine dernière, les organisations du cinéma ont fait, l’air de rien, des propositions pour que ce type de patrimoine ne puisse pas quitter la France. Nul ne sait ce que Vincent Bolloré, actionnaire majoritaire de Canal +, a en tête pour l’avenir. Mais d’autres préfèrent anticiper. 

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.