Samedi à 15 heures, 200 photos du célèbre magazine "Life" vont être mises aux enchères.

"Life", 1936-1972, le temple du photojournalisme. Le titre qui a donné ses lettres de noblesse à la photographie de presse. Des photo-reporters au cœur de toutes les guerres, les multiples facettes de sociétés en mutation et des stars, des vedettes, des paillettes. A vendre donc des Edith Piaf, des Muhammad Ali, des Mick Jagger, des Albert Einstein, des Alberto Giacometti, des Ray Charles, des Glenn Gould. Le papier glacé qui vous imprime l’époque dans la rétine, mais également dans la mémoire collective. 

"Life" n’est plus, mais son fabuleux fond d’images demeure. 10 millions de photos ont été numérisées par Google et rendues accessibles en ligne en 2008. Le site Life.com et le compte Instagram aux 3 millions d’abonnés font vivre ces clichés au gré de l’humeur, de la nostalgie ou de l’actualité. Je vous préviens, lorsqu’on commence à y plonger, on s’y noie, littéralement aspiré, fasciné par ce passé que le numérique pousse à ressusciter.

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Samedi, 200 images tirées sur papier seront mises aux enchères. Les salles des ventes étant fermées, Drouot va gérer l’affaire en ligne. Où que vous soyez, vous pouvez consulter le catalogue et participer. L’occasion de s’apercevoir que ces clichés sont estimés à des prix relativement accessibles : 1 000, 2 000, 3 000 euros quand on imaginait les plus grandes signatures de "Life", comme Alfred Eisenstaedt (sa photo mythique du marin qui embrasse une fille à Times Square un jour de victoire américaine figure dans la vente) valant de vertigineux paquets de dollars. 

Alors qu’est-ce qui fait le prix d’une photo ? C’est beaucoup son tirage, succession de partis pris qui façonnent la matérialité d’un cliché, en lui conférant une lumière, un format, un grain, une texture. Un tirage peut transformer profondément une image. Ainsi, lorsque le tirage a été supervisé par le photographe lui-même, mieux, lorsqu’il est signé, numéroté, il peut valoir des sommes folles, surtout après la mort de l’artiste qui n’en produira plus d’autres. Pourquoi ? Parce que "la photo est un multiple", comme me l’a très joliment résumé une galeriste. Il faut donc faire la différence entre un geste de nature artistique et une énième reproduction, elle-même reproductible à l’infini, donc sans valeur…

Voilà. D’abord, je me suis enthousiasmée pour cette infinitude d’images imprimées, puis tirées, puis numérisées, puis retirées, puis sur écran postées, partagées, démultipliées. Et, à la fin, je me suis demandée, dans ce grand bazar marchandisé, ce qu’il restait des photographes. Ceux de "Life" et des autres. 

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