Deux journalistes de l’agence Reuters sont retenus prisonniers en Birmanie depuis décembre.

Et ils sont eux-mêmes birmans : Wa Lone, 32 ans, et Kyaw Soe Oo, 27 ans. Les reporters enquêtaient sur le village de Inn Dinn et s’étaient procurés les photos de dix Rohingyas tués de sang-froid sur place. L’agence britannique a même tweeté le cliché des captifs menottés, à genoux dans la boue, avec ce commentaire : "ils étaient pêcheurs, commerçants, étudiants ou encore enseignants dans des écoles coraniques". 

D’autres photos publiées montrent leurs corps ensanglantés dans un grand trou. Je ne vous décris pas plus avant ces images, tout le monde n’est pas encore parti à l’école. Mais sachez que dans leur enquête, les correspondants de Reuters vont même jusqu’à révéler les noms des villageois bouddhistes qui auraient participé au massacre.  

Les représailles ont été immédiates. 

La police birmane arrête les journalistes en décembre. L’agence de presse ne révèle leur détention que deux mois plus tard, alors que la justice locale refuse de leur accorder la liberté provisoire sous caution. 

Et pourtant …. Dans les jours suivants l’arrestation, l’armée birmane a reconnu les faits. Aveu public décisif après des mois de déni. La situation des journalistes n’en apparaît que plus absurde et plus cruelle. Retour au tribunal, cette semaine. En dépit des pressions internationales, nos confrères demeurent accusés d’atteinte au « secret d’Etat » et encourent quatorze ans d’emprisonnement. La Birmanie maintient les poursuites. 

Incompréhensible, encore une fois. Parce que figurez-vous que les militaires ayant trempés dans la tuerie viennent d’en être reconnus coupables. Ils sont en prison. Ca aussi, c’est un tournant. Avant de remonter dans le fourgon de police, Wa Lone s’est écrié : « Ceux qui ont commis le massacre sont condamnés. Nous, journalistes, n’avons fait que tenter de vérifier l’information ».   

Mais non. Leur crime est bien plus grave que cela. Ils ont mis des images sur un nettoyage ethnique que la junte s’échine à rendre invisible. Nous le savons tous : les guerres que nous ne voyons pas, n’existent pas. Le black-out médiatique est l’une des armes les plus redoutables des oppresseurs et des persécuteurs. Les Rohingyas ne sont pas seulement privés de citoyenneté, ils sont privés de visage. Passer outre le barrage fait à la presse, c’est acter l'identité d’un génocide : celle de ses victimes, celle de ses bourreaux.  

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