L’INA, Institut National de l’Audiovisuel, réalise des études statistiques sur les journaux télévisés des grandes chaines…

Saint-Martin, Antilles
Saint-Martin, Antilles © Getty / Zen Rial

Et parmi les chiffres publiés récemment, on retiendra le poids des Amériques du Sud dans l’information française entre 2007 et 2017. Je vous passe les stéréotypes largement confortés : qui dit Brésil dit sport ; qui dit Haïti dit catastrophe naturelle, qui dit Colombie dit FARC. A votre avis, quelle est la personnalité sud-américaine la plus médiatisée dans nos JT ?

Devant les footballeurs et Ingrid Betancourt ? 

Le pape, pardi. 

Venons en à ce qui est peut-être un détail pour vous, mais qui pour les Ultra-marins veut dire beaucoup. Quid des Antilles et de la Guyane, petits morceaux de France en Amérique du Sud, dans les tranches info de Canal+, Arte, TF1, France 2, France 3 et M6 ? Elles n’ont eu droit qu’à moins de 0,5% des sujets traités en 10 ans. Éliminons d’emblée l’anomalie qui a fait exploser les compteurs d’une île habituellement absente de nos écrans, Saint-Barthélémy : l’enterrement de Johnny. Normalement, ce sont les cyclones qui offrent à ces régions l’occasion d’une médiatisation dont le traitement spectaculaire - les images de ravages l’année dernière - font grimper les audiences télé. 

Pour le reste, qu’avez-vous retenu ? Les deux pics de crise sociale qui ont imposé dans les JT, la Guadeloupe en 2009 (45 jours de grève générale, le collectif contre la « pwofitaison », un peuple qui hurle contre la vie chère et finit par obtenir 200 euros sur les bas salaires), puis la Guyane en 2017 (le président croyait que c’était une île, insurrection contre l’insécurité, les médias nationaux obligés de constater la pauvreté de ce territoire dont l’Etat a abandonné jusqu’aux hôpitaux). 

En ces temps de gilets jaunes, ces statistiques, montrant que seule la colère des hommes les a fait vraiment exister à la télé, font réfléchir. Et ce, d’autant plus qu’à la demande du gouvernement, France Ô, chaîne publique des Outre-mer, va disparaître. Promesse a été faite de renforcer la présence de ces régions sur les autres canaux de France Télévisions. Mais quand on part de 0,5% en dix ans, on sait qu’on a les chiffres contre soi. Même le plus indigent des efforts gonflera un seuil anormalement bas. 

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