Les téléspectateurs d’Arte vont pouvoir faire eux-mêmes le programme télé du samedi 29 février prochain. Ca n’arrive qu’une fois tous les quatre ans, les patrons d’Arte ont donc décidé de nous laisser le manche. On vote dès maintenant sur le site de la chaîne où sont disponibles les bandes-annonces.

Logo d'Arte
Logo d'Arte © Getty / picture alliance

Suspens jusqu’à la dernière minute… S’en est décoiffant. Sauf qu’Arte, il n’en faut pas beaucoup pour les décoiffer. En ligne de mire, évidemment, un gros clin d’œil de la télé aux plates-formes du Web, genre Netflix. Ces supermarchés de programmes dits « délinéarisés » : VOUS décidez QUAND et QUOI regarder.

Arte, pas drôle, a conservé des cases bien figées

Le créneau de 14 heures, celui du prime-time et de la deuxième partie de soirée. Dans « grille de programme », il y a « grille ». On aurait adoré, nous, décréter qu’Arte allait enchaîner tous les épisodes de « Borgen » jusqu’à minuit, oser des séances de méditation le matin, un concert de David Bowie à midi et diffuser, en exclusivité, « De quoi Nabilla est-elle le nom ? », le documentaire qu’Alain Finkelkraut n’a jamais achevé. Non. Vous avez le choix, mais pas tant que ça. Arte reste Arte.  

Et voilà une pointe de frustration chez le téléspectateur démiurge que nous sommes devenus à force de rattrapage, de réécoute, de podcast et de VOD. Peut-on encore tolérer ne pas être maître de ce que nous visionnons ? Peut-on encore accepter qu’un média soit une offre et non la réponse à nos demandes ? Peut-on encore imaginer que ce qu’on nous propose soit le fruit d’un choix humain, basé sur l’envie de nous faire voir, et pas celui d’un algorithme qui suggère en fonction de ce qu’on a vu ? Vous savez, une chaîne de radio ou de télé, ça n’est que ça : des programmes qu’on pourrait aimer, pas des programmes qu’on aime déjà.

Bref, une petite opération d’Arte, juste pour rigoler un 29 février, et ces 1000 questions surgissent sur la fonction d’un média. Ça vous évoque quoi « faites votre télé », « ma » télé, « ma » radio ? Est-ce que le fait de pouvoir choisir les programmes garantit le lien de possessivité ? Pas sûr. Quelque chose me dit que France Inter est plus « votre » radio que Netflix ne sera « votre » che pas quoi. Pourtant, vous ne faites pas la pluie et le beau temps sur notre grille. Mais elle a pris sa place dans votre vie. Arte, aussi. C’est ça un média. Un machin qu’on choisit pour ses choix à lui.

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