Le Comité International Olympique prévient les athlètes : aucune protestation politique ne sera tolérée pendant les prochains J.O. de Tokyo.

Sur l'ile d'Odaiba à Tokyo, devant le Rainbown Bridge, une banderole annonçant l'organisation des Jeux Olympiques en 2020
Sur l'ile d'Odaiba à Tokyo, devant le Rainbown Bridge, une banderole annonçant l'organisation des Jeux Olympiques en 2020 © AFP / DORIANE LETEXIER / HANS LUCAS

« Le village olympique et le podium doivent rester neutres et libres de toute forme de manifestation politique, religieuse ou ethnique », martèle l’organisation fidèle à sa tradition de neutralité. « Il est interdit de protester sur le terrain de jeu, dans le village, pendant les remises de médailles et les cérémonies officielles ». Le CIO ne tolérera aucun écart. 

Qu’est-ce qu’une « protestation » aux yeux du Comité International Olympique en 2019 ? 

Je le cite : « L'affichage de messages, les gestes de nature politique ou encore le refus de suivre le protocole ». Protester, donc, revient à fabriquer un symbole visuel, à vouloir montrer, non à vouloir dire. Le CIO d’ailleurs n’a rien contre la liberté de parler. Il autorise les athlètes à répondre librement aux interviews. En clair, les mots, oui, les images, non. Le comité ne veut pas d’une séquence qui, si elle n’est pas captée par les caméras de télé, le sera par les téléphones portables d’un stade entier. Séquence dont le potentiel de viralité garantirait son déferlement sur les réseaux sociaux en une poignée de seconde. 

La naissance d’un nouveau moyen protester en 1968

Savez-vous combien de personnes regardaient la télévision, le 16 octobre 1968, lorsque Tommie Smith et John Carlos reçurent leur trophée en chaussettes, symbole de pauvreté, un foulard autour du cou, allusion à l’esclavage, le poing ganté de noir, signe des Black Panthers ? 400 millions de téléspectateurs. Naissance des médias de masse. Naissance d’un nouveau moyen protester, la démultiplication d’une action et son inscription dans la mémoire collective : un petit geste pour l’homme, une grande claque pour l’humanité. Les deux coureurs ont été exclus de leur fédération et radiés à vie des J.O. Mais l’impact de cette image, tête baissée, poing levé, est restée intacte. 

Enfin, les JO de Mexico ont lieu en 68 – une année d’émeutes et de mouvements sociaux aux Etats-Unis, en France, en Tchécoslovaquie, en Pologne, en Italien, en Yougoslavie. Et aujourd’hui ? C’est pire : France, Barcelone, Liban, Irak, Equateur, Vénézuela, Hong-kong… comme une épidémie de colère dans la rue. Vous comprenez pourquoi les Jeux Olympiques dressent une barricade médiatique autour de la compétition ? Quelle vitrine de choix pour qu’un message de révolte passe les frontières.    

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