Les relations sont de plus en plus tendues entre l’administration Trump et la radio Voice of America.

Peut-on porter cet incroyable nom, porter cet incroyable héritage de la seconde guerre mondiale puis de la guerre froide, et porter un regard critique sur ce qu’est devenue l’Amérique ? Mike Pompeo, chef de la diplomatie yankee, s’est déplacé au siège de la radio publique internationale pour remettre l’église au milieu du village et demander que l’antenne de «Voice of America » cesse tout dénigrement à l’encontre de l’administration Trump. Celui-ci, de toute façon, vomit cette radio historique. « Tout ce qui sort de Voice of America est dégoutant » affirme-t-il. 

Le président y a pourtant placé un homme à lui, Michael Pack. Mais les statuts de ce média pas comme les autres interdisent au boss de tripatouiller le contenu éditorial des émissions. Dès qu’il essaie, immédiate levée de bouclier des employés de la radio. Joe Biden a d’ores et déjà promis de faire sauter cet agent du trumpisme. En attendant, il est là. Sa rédaction refuse de lui obéir. Ambiance. Aussi, lorsque le ministre Mike Pompeo est venu les voir pour leur remonter les bretelles, il a été interdit à la salle de lui poser des questions.    

"Voice of America", pensée pour combattre la propagande nazie et dans la foulée, pour contrer le grand récit soviétique. Mais n’est-ce pas en son propre pays, les États-Unis, que cette radio a connu ses plus grands bras de fer ? Elle fut tour à tour dénigrée et purgée par McCarthy qui l’accusait de « complaisance communiste », puis portée aux nues par Kennedy qui lui confiait la mission de traduire par des mots « qui nous sommes », la grandeur mais aussi et la complexité de l’Amérique. 800 millions d'auditeurs dans le monde suivirent les pas d’Armstrong sur la Lune, grâce à ces antennes. Avec la chute du Mur, la radio perdit de son importance stratégique à l’Est. Elle en retrouva dans le monde arabe, après les attentats du 11 septembre. Les pressions se multiplièrent alors pour que "Voice of America" soit le porte-micro de l’Axe du Bien.

Ces dernières années, l’Amérique avait-t-elle encore besoin d’une voix radiophonique en 40 langues, quand le président pensait ordonner la marche du monde par tweets interposés ? Là n’est même plus la question. En cette fin de règne chaotique, les derniers trumpistes ne cherchent que des traîtres et des coupables. Les journalistes de "Voice of America" sont taxés, comme Twitter et Facebook, de « censeurs ». Eux, ce sont des ennemis de l’intérieur. 

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