Les kiosques de la capitale grecque sont menacés. Ce sont pourtant d'incontournables petites institutions dans tout le pays.

La crise de 2008 a déjà tué la moitié d’entre eux. Aujourd’hui, alors que les touristes sont absents de la capitale et que les Athéniens sont en télétravail, les passants se font plus rares sur les trottoirs. Les kiosquiers peinent à payer leur licence, la municipalité rechigne à les renouveler… C’est un symbole de la capitale grecque qui périclite…  

Comment vous décrire le « periptero » ? Une cahutte qui croule littéralement sous la marchandise, flanquées de vitrines réfrigérées de chaque côté. Un bric à brac, un bazar. On y trouve bien plus que la presse : clopes, dentifrice, coca, bière fraiche, capotes, stylos, bombecs, glaces, jouets made in Taïwan, ballons, timbres, aspirine, fil à coudre, clé usb. Le « periptero », poumon du quartier. Le marchand de journaux voit grandir les enfants du coin, observe les faits et gestes du voisinage, recueille les petits secrets des clients qui parlent trop. Connaissez-vous Petros Markaris ? C’est l’auteur de roman policier préféré des Grecs. Son personnage récurrent, l’inénarrable commissaire Haritos, ne commence pas une enquête sans interroger le « peripteras » le plus proche de la scène de crime. Il en sait plus que les flics.

Au début du siècle dernier, les kiosques sont chapeautés par le ministère de la Défense, qui les réserve aux blessés de guerre. Les licences se transmettent alors de génération en génération dans les familles de vétérans. On y vend que du tabac (dont la Grèce est encore un pays producteur) et de la presse. On prend l’habitude de tendre des cordes à linge et d’y suspendre les journaux, dont les tirages s’étalent à hauteur d’œil dans l’espace public.

Par ailleurs, le kiosque grec a longtemps fait fonction de cabine, avec son gros téléphone noir. Jusque dans les années 80, bien des logements ne disposaient pas de ligne privée. Drôle de lieu, donc, que le « periptero », où s’entrechoquaient le dedans et le dehors, des conversations intimes et des disputes politiques provoquées par les gros titres.

Déclin de la presse papier et essor de la téléphonie mobile ont eu raison, bien sûr, de cette fonction éminemment sociale. Quoique. Les « periptera » demeurent des vigies dans des quartiers parfois contrastés. J’ai lu dans une dépêche AFP que, pour des raisons sanitaires, les kiosques de la place Syntagma n’ont plus le droit d’ouvrir la nuit. Quartier de bureaux, grouillant d’employés pressés, la journée. Quartier des dealers de crack, le soir et le dimanche. Un kiosque ouvert, c’est une ville qui résiste. Comme partout en Europe.     

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