La situation s’aggrave encore au magazine « Science & Vie », racheté par le groupe Reworld Media. Une information France Inter.

En octobre 2018, les employés du groupe de média protestaient déjà contre le rachat Reworld Media
En octobre 2018, les employés du groupe de média protestaient déjà contre le rachat Reworld Media © AFP / Bertrand Guay

Les trois quarts de la rédaction de « Science & vie » envisagent de quitter le navire. C’est une info France Inter. Un désastre. Ni les grèves, ni la démission du directeur de la rédaction, ni les alertes au ministère de la Culture, ni la motion de défiance envers la nouvelle patronne et de son second qui n’ont aucune compétence scientifique (on parle d’un titre grand public, consacré à l’actualité des sciences depuis 1913). Rien n’aura fait moufter Reworld Media, qui continue d’opérer exactement comme avec chaque journal qu’il absorbe : en poussant dehors sa rédaction, et en dopant la rentabilité de son site internet grâce à des contenus produits par des non-journalistes chargés de faire grimper l’audience ou d’attraper de la pub. 

Tous les titres récupérés par Reworld Media en sortent affaiblis, essorés, quand on ne les a pas tout simplement flingués. Mais Reworld vise un retour sur investissement à très court terme et affiche une santé insolente. Un cours de Bourse au plus haut, 92 millions de trésorerie, et une rentabilité qui a doublé cette année. Forcément, Reworld injecte le moins d’argent possible dans les journaux achetés, voire, au contraire, leur coupe les vivres, aspire tout ce qu’il y a à exploiter commercialement sur le dos de la bête puis s’en va chasser ailleurs. 

Du point de vue de l’actionnaire donc, les trois quarts de la rédaction de « Science & vie » qui envisage de plier bagage, c’est moins de coût et moins d’ennui. Bon vent ! Sauf qu’on se demande pourquoi un groupe qui assume de telles pratiques a bénéficié en juillet d’un prêt d’argent public d’un montant de 33 millions d’euros ?  

Les deux dirigeants de Reworld, Pascal Chevalier et Gautier Normand, accordent peu d’interviews, ils n’aiment pas avoir à rendre des comptes. Le fait de toucher des aides de l’Etat devrait les y contraindre, mais bon, ils s’expriment par voie de communiqués financiers et claironnent leur objectif : atteindre le milliard de chiffre d’affaires dans 3 ans. Ils en sont très loin et ce n’est pas avec des titres comme « Science & Vie », qu’ils laissent exsangues, qu’ils vont y parvenir. Comment alors ? En continuant les rachats à tour de bras. De fait, ils sont en train d'avaler une très grosse boîte de communication, propriétaire du Salon de l’automobile ou de la « Semaine du goût ». Autant d'événements sponsorisés par des marques dont le site internet de « Science & vie » trouvera sûrement un moyen de parler à l’avenir. 

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