Le milliardaire britannique, David Barclay est mort. Il était propriétaire d’un monument de la presse conservatrice, le « Daily Telegraph ».

David Barclay, ici en 2004
David Barclay, ici en 2004 © AFP / MICHAEL STEPHENS / AFP FILES

David Barclay avait un jumeau, Frederick. En Angleterre, on ne parle jamais de l’un sans l’autre. Les frères Barclay, donc. Immensément riches, grâce à leurs affaires immobilières et aux hôtels de prestige dont ils furent propriétaires. Et immensément influents grâce à l’empire de presse dont ils rêvaient depuis leurs débuts. 

Un mot, d’abord de leur trajectoire hors du commun

Les jumeaux Barclay, nés en 1934, sont les fils d’un marchand ambulant qui a dix enfants et meurt lorsque David et Frederick n’ont que 13 ans. Il leur faudra quitter l’école, au sortir de la guerre. Les jumeaux ont grandi à Londres sous les bombardements et dans le plus grand dénuement. Lorsqu’ils sont anoblis par la Reine dans les années 2000, leur fortune dépasse les 7 milliards de livres. Ils sont d’une obsessionnelle discrétion, vivant reclus dans un château néo-gothique de 92 pièces qu’ils ont fait bâtir sur une drôle de petite île anglo-normande longtemps demeurée sous régime féodal. Les frères Barclay semblent y être détestés par la population !

En politique, ce sont des conservateurs acharnés

Les premiers journaux qu’ils achètent ciblent une clientèle d'affaires ultra-libérale. Mais le gros morceau, le très gros morceau, sur lequel ils mettent la main est le Daily Telegraph, un million d’exemplaires par jour, à l’époque. La bible de la droite britannique, le premier quotidien grand format du royaume, par opposition à la presse tabloïd plus populaire. 

Nul ne s’attendait à ce coup de maître, ni à l’épouvantable imbroglio qui suivit

Le Telegraph avait été mis en vente par un canadien, Sir Black, qui avait abandonné sa nationalité pour devenir Lord anglais. Mais ce magnat de la presse, menteur et flambeur, s’avérait en pleine déchéance, traîné en justice par son propre conseil d’administration. Il y eut des années de poursuites et de rebondissements, Sir Black fût condamné pour escroquerie. Ca n’a pas empêché les frères Barclay de s'accrocher au Daily Telegraph. Le journal a sorti, en 2009, l’affaire des notes de frais des députés anglais, un énorme scandale politique outre-Manche. Le Telegraph a, depuis, perdu de sa superbe. Mais il demeure un fer de lance du parti « Tories », Boris Johnson y a signé tant de tribunes et d’articles. 

Les jumeaux Barclay, fils du peuple, self made men, traditionalistes, châtelains, taiseux, insulaires. L’Angleterre.

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