Ca chauffe à la rédaction du quotidien régional Sud-Ouest, qui vient d'adresser une motion de défiance à sa direction.

260 membres. 154 d’entre eux adressent une motion de défiance à leur direction, dénonçant la dégradation de leurs conditions de travail. Ils se disent « prêts à entrer en grève » tant le projet de redressement du journal présenté en 2015 se traduit « par des tâches supplémentaires, des suppressions de postes, de revenus et de jours de repos ». Bref, ras-le-bol massif. 

Par ailleurs, c’est la déontologie du journal lui-même que ses signatures veulent préserver. 

La presse est entrée dans l’ère intensive des partenariats avec des marques ou des institutions, autour d’évènements locaux (sportifs, culturels, débats publics…). Sud-Ouest n’est pas le seul titre régional lancé dans cette diversification. L’année dernière, Le Progrès de Lyon a organisé plus de 70 évènements dans sa région. 

Financièrement, c’est une nécessité. Il faut combler l’érosion des ventes et de la publicité. Et cela pose exactement les mêmes problèmes que dans tous les médias : dépendance économique, proximité avec les entreprises ou les collectivités qui font vivre le journal.

Le site d’information Médiacités a mené l’enquête sur Le Progrès. Un journaliste raconte : « plus que de la censure, ça crée une forme d’auto-censure ». Et ce, d’autant plus que le journal traverse un plan social. On fait gaffe à ce qu’on écrit. 

A Sud-Ouest, les journalistes n’auraient plus droit à la critique dès lors que cela touche un sponsor ?

C’est ce qu’ils affirment, dans un communiqué que je cite : « Convocations appuyées, sms de reproches, consignes de dé-référencer un article du site ou de ne pas reprendre certaines actus sur le web, pressions diverses ».

Par ailleurs, les partenariats sur tel ou tel tournoi de tennis, ou salon de je ne sais quoi, supposent un peu plus que de ne pas se fâcher avec un annonceur. Cela donne lieu à une kyrielle de suppléments promotionnels, dont le graphisme et la maquette ressemblent en tous points au quotidien lui-même. Quant aux journalistes, ils sont priés de couvrir ces évènements pour les faire vivre dans tous les lieux du journal. 

La presse régionale sort de l’info. Elle est un ferment notre démocratie. La rédaction de Sud-Ouest demande des garanties. 

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