Vendredi, on apprenait l’interruption du tournage de Koh Lanta suite à une agression sexuelle entre deux candidats. Et très vite, les identités de la victime et de l'agresseur présumé sont lâchés.

Koh Lanta
Koh Lanta © Getty / bsip

Là, s’est enclenchée une machine médiatique redoutable. Parce que c’est la licence la plus populaire du PAF, parce que c’est TF1. Or, ce qui s’est passé sur cette île déserte, ce n’est pas de la télé. Beaucoup de confrères l’ont oublié. Cela relève de la justice.

La maison de production a choisi de suspendre la fabrication de l’émission. La chaîne a pris acte. Ensuite, des deux côtés, on s’est interdit de prendre parti et, surtout, de commenter. A l’agresseur présumé d’organiser sa défense. A la victime présumée, surtout – c’est essentiel – de décider si elle porte plainte. 

On dit souvent que la presse va plus vite que la justice. Là, elle fait carrément sans la justice. 

Ce week-end, les noms de la victime et de son agresseur présumé ont été dévoilés

Ni par la chaîne, ni par les producteurs, ni par les personnes concernées qui se seraient exprimées. Par les médias. En cas d’infraction, les journalistes cherchent et sortent le nom de l’auteur, c’est un classique. Mais pas celui de la victime, c’est la ligne rouge. Question de déontologie.

Relisez toutes les enquêtes françaises sur les Jeunesses socialistes ou le lycée Saint-Cyr, les enquêtes américaines sur le harcèlement sexuel dans les milieux du cinéma ou de la télévision. Si les femmes le souhaitent, elles sont nommées. Sinon, on utilise des initiales ou des noms d’emprunt.

Ce fut, souvenez-vous, l’un des problèmes soulevés par l’enquête du magazine Ebdo sur Nicolas Hulot. Tout l’article consistait à dire que la jeune femme voulait farouchement préserver son anonymat. Tout permettait de l’identifier, ce que d’autres ont fait : la petite-fille Mitterrand.

Dans l’affaire Koh Lanta, la victime présumée a vu des photos d’elle, exhumées des réseaux sociaux et reproduites tous azimuts. L’image d’une femme peut-être  victime d’agression disséquée par la twittosphère. Effrayant.  

Hier, d’autres participants au jeu ont contesté les faits. Mais que valent ces témoignages recueillis par personne si ce n’est par le magazine Closer ? Rappelons que micros et caméras étaient off. Ça n’a pas l’air d’arrêter les commentateurs qui dissertent bon train sur l’agresseur. 

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