Dans le numéro du mois d'avril du National Geographic, Susan Goldberg, rédactrice en chef, livre un édito remarquable : « Pendant des décennies, nos reportages étaient racistes. Pour nous en détacher, il nous faut le reconnaître ».

C’est un texte magistral, signé du 10e rédacteur en chef de cette revue, mais première femme à la tête du National Geographic, femme et juive, assène-t-elle. Elle boucle un numéro dédié au concept de race : « hérésie scientifique, ne résultant d'aucune différenciation biologique, mais d'une différenciation sociale aux effets dévastateurs », rappelle Susan Goldberg.

► LIRE l'édito du National Geographic (en français)

Impossible de travailler à cette édition sans, au préalable, se livrer à un examen de conscience. John Edwin Mason, professeur à l’université de Virginie, est ainsi chargé de passer au crible les archives du journal, fondé par une société d’explorateurs de Washington, en 1888. Tout y passe. Cet article de 1916 où les Aborigènes d’Australie, qualifiés de « sauvages », sont « classés parmi les moins intelligents de tous les êtres humains ». Également, ces très jolis portraits de femmes du Pacifique. National Geographic était réputé pour le glamour de ses vahinés.  

Des photos montrant des populations en pagne, fascinées par l’appareil du photographe venu à leur rencontre...

Supériorité de la technologie occidentale. Dichotomie entre les civilisés et les non-civilisés

L’historien estime : 

Les Américains, conditionnés par la ségrégation,  n'avaient en tête que des caricatures grossières et racistes. 

Il poursuit : "National Geographic _est né à l’apogée de la colonisation_. Le monde était divisé entre colons et colonisés. Une ligne de couleur les séparait. National Geographic n'a pas organisé l'émancipation des préjugés que son autorité lui permettait". 

Analyse d’autant plus pertinente que si la revue a dépeint avec force les « natifs » du lointain souvent dénudés, jusque dans les années 1970, elle ignore les femmes et, surtout, les Noirs qui vivent aux États-Unis. National Geographic n’a pas fait le boulot d’un grand magazine comme Life sur l’évolution des mentalités.   

Ses reporters partent en Afrique du Sud, à la fin des années 60. Pas un mot sur le massacre des Noirs par la police de Sharpeville qui a choqué le monde entier. Mais dans National Geographic, aucune voix de Sud-Africains noirs. 

Longtemps, l’Histoire y sera racontée pour les mêmes et par les mêmes.  

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