Hommage à Pierre Chevalier et Patrick Grandperret, morts le même week-end, au même âge. Le premier fut directeur de la fiction d’Arte. Le second, cinéaste.

Sonia Devillers rend hommage à deux seigneurs de l'image, tous deux décédés ce week-end
Sonia Devillers rend hommage à deux seigneurs de l'image, tous deux décédés ce week-end © Getty / Enis Akso

À ma connaissance, Pierre Chevalier et Patrick Grandperret ne travaillèrent pas ensemble. Pourtant à eux deux, ils firent naître toute une génération de réalisateurs : Eric Barbier, Noémie Lvovsky, Emilie Deleuze, Arnaud Desplechin, Patricia Mazui et d’autres. Le métier qu’ils apprirent chez Grandperret, ils le mirent au service de Chevalier à la télé. Car en arrivant chez Arte (1991), Pierre Chevalier va inverser la hiérarchie du petit écran et du grand. 

Ça commence par le rejet d’une industrie cinématographique empêtrée dans ses sacres et sanctuaires. Il faut revenir à la fabrication, au faire. Et la télé permet ça. C’est un flot d’images, un mouvement perpétuel de séquences qui coulent et s’enchaînent indifféremment. Pierre Chevalier va en dévier le flux, y insérer des ruptures majeures, de la création et des points de vue, en un mot : des auteurs. 

Ça donne des collections de téléfilms qui allaient changer la face du cinéma français, parce qu’avec la même implacable énergie, s’y côtoyaient le grand André Téchiné et la jeune Patricia Mazui.

Pierre Chevalier, bourreau de travail, met en 12 ans, 350 fictions à l’antenne signées par 250 auteurs. Un peu sur le modèle des studios américains produisant du divertissement à la chaîne, parmi lesquels une pelletée de chefs-d’œuvres

Patrick Grandperret, même âge, même travailleur acharné, même haine inexpugnable de la bêtise, même brutalité lorsqu’il y était confronté, même capacité à ferrailler contre le système. Mais, à la différence de Pierre Chevalier, il s’en exclut… sans pour autant cesser de se bagarrer. 

Grandperret a connu de grandes réussites, Mona et moi, mais aussi de grands flops. Rejeté par le ciné. Pas question de s’arrêter. Il continue de tourner pour la télé, des séries. Comme Pierre Chevalier, sans aucun mépris pour le média. Même obsession, l’essentiel est de fabriquer

Grandperret touche à tous les métiers du cinéma, un artisanat. Assistant de Maurice Pialat, il garde du maître le mépris de la star. Ou tu fais ou tu fais pas. Maison ouverte aux quatre vents, pleine de jeunes qu’il a mis à l’ouvrage. De Pialat, il a appris, puis toute sa vie, il a transmis.      

Pierre Chevalier et Patrick Grandperret n’ont jamais eu un rond. Mais, l’un en aristo, l’autre en prolo du septième art, ont tout donné à ceux qui aujourd’hui font le cinéma français. 

Seigneurs et pères.          

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