Aux Etats-Unis, le "Denver Post" publie une incroyable série de 71 photos : un meurtre, fraction de seconde par fraction de seconde.

La séquence photo parue dans le "Denver Post"
La séquence photo parue dans le "Denver Post" © An uninterrupted, chronological sequence of 71 individual photographs documentin

Helen Richardson est photojournaliste pour le grand quotidien du Colorado. Samedi, elle est envoyée par son journal couvrir une manif en marge d’une soupe populaire. L’histoire qu’elle va rapporter tout en image dit la folie, la violence et la radicalisation des groupes militants américains. 

La distribution de nourriture se revendique antifasciste et antiraciste. Elle est organisée par deux groupuscules de l’extrême gauche locale : les Denver Communists et la Colorado Socialist Revolution.  

A côté, est venu se greffer un contre-rassemblement, celui des Patriot Muster, organisation fondée par John Tiegen, vétéran de l’armée devenu figure pro-armes emblématique et chef de file de l’alt-right.

Inévitablement, une altercation éclate entre les deux camps. Un passant la filme et la poste sur Twitter. 

Helen Richardson, la reporter du Denver Post, capte, elle aussi, dans le viseur de son Nikon D5, le début de la querelle. Sans mauvais jeu de mot, elle commence à mitrailler. Son doigt ne quittera plus le déclencheur. En un instant et 71 clichés - que le journal a décidé de publier en intégralité - elle immortalise cette première dispute. Soudain, elle sent que le militant d’extrême-droite interpelle un autre type derrière elle. Elle se recule, se retourne et shoote ceci. 

C’est un agent de sécurité qui a tiré. Il est en week-end, mais porte son pistolet de service. Ironie de l’histoire, le militant pro-armes, lui n’est pas armé. Il tient une bombe lacrymo. Tout se joue entre la photo n°2631 et la photo n°2651. Les deux hommes en viennent aux mains. L’un lâche une giclée de gaz coloré. L’autre le vise avec son arme et l'abat d’une balle dans le torse. Du premier, on aperçoit le pied gauche décoller du sol. Puis le corps entier se désarticuler, chaque centimètre de sa chute est enregistré jusqu’à ce que sa dépouille s'affale au sol. Fréquents sont les hommes morts dans les archives du photojournalisme, rares sont les hommes en train de mourir. Je n’ai pas trouvé d’autres mots pour le dire que : la mort prise sur le vif. 

Et ce qui m'a le plus frappée dans cette frise de photos que les professionnels nommaient « planche contact » au temps de l'argentique, c’est l’absence de légende. Au bas de chaque image, ne figurent que les métadonnées suivantes : nom du fichier, numéro du cliché, modèle de l'appareil, distance focale en millimètre, ouverture, vitesse d'obturation, réglage ISO, numéro de série de l’objectif. Le fait médiatique dans sa plus pure expression technique. 

► Les photos sont à retrouver ici.

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