Un film français diffusé sur Netflix aux Etats-Unis provoque là-bas le scandale. Très inquiétant pour l'avenir de la création. 

Détail de l'affiche française du film "Mignonnes", dont l'affiche choisie par Netflix aux Etats-Unis a suscité scandale et polémique
Détail de l'affiche française du film "Mignonnes", dont l'affiche choisie par Netflix aux Etats-Unis a suscité scandale et polémique © Bien ou Bien Productions 2018

En France, « Mignonnes » est sorti au cinéma. Ailleurs dans le monde, sur Netflix. Histoire de gamines de 11 ans, obsédées par les tenues et les chorégraphies de chanteuses comme J-Lo ou Beyoncé. Des pré-ados écartelées entre l'enfance, leur culture familiale (l'héroïne défie une maman sénégalaise) et cette hypersexualisation précoce que dénonce le film de Maïmouna Doucouré. Pas de bol, Netflix, pour le présenter « Mignonnes », n’a pas utilisé son affiche française, mais une autre image montrant les petites actrices danser lascivement en shorty et brassière à paillettes …

Levée de boucliers immédiate d'une frange des Républicains américains qui comprennent le message du film à l'envers et s’insurgent : qu'est-ce que c’est que cette horreur de cinéma qui sexualise sciemment les enfants ? La cabale s'organise d'abord sur les réseaux avec les mots dièse : #savethechildren ou #boycottnetflix, arrivé jeudi en tête du classement mondial sur Twitter. Netflix a dû présenter ses excuses et retirer le visuel. Un jour peut-être, on retirera carrément le film. Les plates-formes achetant les droits à vie, ça ferait des oeuvres qui disparaîtraient complètement. Ca peut encore arriver à « Mignonnes » : le sénateur Ted Cruz vient de saisir le département de la Justice afin qu’une enquête soit ouverte sur ce qu’il qualifie de « violation de la loi fédérale contre la production et la distribution de pédopornographie ». On parle d'un film sorti en France avec le label France Culture !

Contresens. Déchaînement puritain. Risque de censure. Pourquoi est-ce alarmant ? Parce que, dans tout l'occident, le cinéma, l'animation, le documentaire, les séries vont dépendre de plus de ces richissimes plates-formes américaines que sont Netflix, Disney ou Amazon pour exister. Et que celles-ci ne prendront jamais le risque de froisser leur marché d'origine, les Etats-Unis, avec leurs ligues de vertu et leurs nouveaux quotas fixés par les Oscars. Il va donc falloir se soumettre à des critères politiques et moraux qui ne sont pas les nôtres. 

En France, les chaînes de télé et le système de financement du cinéma sont très affaiblis par la crise. L'argent de ces plates-formes est attendu comme une manne providentielle par le secteur de l'audiovisuel. Dans un mois, on transposera en droit français une directive européenne qui pourrait les obliger les géants américains à plus investir chez nous. Une aubaine, oui. Mais à quel prix ? 

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