Sonia Devillers revient sur le tombereau de mails reçus après votre émission, "L’Instant M", hier. Elle nterviewait le directeur de La Voix du Nord (incendie au pied de ses locaux, blocage d’entrepôts et menaces sur ses livreurs de journaux), puis, celui de LCI, suite au « lynchage » d’une équipe à Rouen.

Un officier de police parle à un journaliste de télévision alors que la police dispersait des "gilets jaunes" sur l'avenue des Champs-Élysées à la fin d'une manifestation dans le centre de Paris le 22 décembre 2018
Un officier de police parle à un journaliste de télévision alors que la police dispersait des "gilets jaunes" sur l'avenue des Champs-Élysées à la fin d'une manifestation dans le centre de Paris le 22 décembre 2018 © AFP / Sameer Al-Doumy

Mail : « Le journaliste qui s’exprime chez vous exempte un peu vite ses collaborateurs de leur responsabilité dans l’animosité dont ils sont victimes ». 

Autre mail : « Pas une fois vous ne demandez à votre invité s’il reconnait que sa chaîne suscite la violence qui s’exerce contre elle ». 

Les auditeurs me font toujours réfléchir et progresser d’autant que les messages sont bienveillants parce qu’avant tout constructifs et intelligents. Mais là, je vous le dis, ni à mon micro, ni dans la vie, je ne demanderais à une personne ayant subi l’insulte, l’intimidation, la casse, les coups ou toute autre violence si, à son avis, il n’y était pas « un peu » pour quelque chose. S’il ne l’avait pas « un peu » bien cherché. Ce n’est pas à la victime de justifier ce qu’elle a enduré. Nul n’aurait demandé aux survivants de Charlie s’ils n’avaient pas « un peu » joué avec le feu. 

Cela revient-il, comme d’aucun me l’ont reproché, à « nier les violences que les Gilets Jaunes ont eux aussi à encaisser » ? Non. 

Cela revient-il à « absoudre tous les médias des critiques qu’on peut leur faire » ? Non plus. 

D’ailleurs que croyez-vous que je fasse sur cette antenne depuis cinq ans si ce n’est une analyse quotidienne et critique des discours médiatiques, des lois qui les encadrent et du marché qui les porte ? Ça me vaut un paquet de mécontents dans le métier. Tant pis. 

Vous et moi, on est, au moins, d’accord sur un point. La question des médias s’avère plus que centrale aujourd’hui. Et un contre-pouvoir qui ne puisse pas lui-même être soumis à la critique n’est plus un contre-pouvoir. 

Beaucoup de vos mails disent votre colère face au traitement des gilets jaunes par les chaînes info. Je cite une phrase qui revient souvent : « Je condamne la violence MAIS je la comprends ». Et moi, je ferais preuve d’un « réflexe de caste » en n’alliant pas la critique à la condamnation. Je pense pourtant qu’il est des actes que l’on peut condamner « un point c’est tout ». 

Qu’on tabasse un journaliste ou qu’on menace une consœur enfermée dans sa voiture de viol, peu importe les raisons, je le condamne ET je ne le comprendrai jamais. 

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