Une publication intitulée « La Recherche » est menacée. Les scientifiques se mobilisent pour alerter sur sa spécificité.

Cette revue, cinquantenaire, appartient un industriel qui aima follement la presse, Claude Perdriel. L’homme, très âgé désormais, s’est replié aujourd'hui sur un petit nombre de titres, dont « Challenge » qui lui coûte très cher. Perdriel a donc vendu son « Magazine littéraire » à la revue « Lire » pour endiguer ses pertes. Les journalistes ont eu beau expliquer en long en large et en travers que « Le Magazine littéraire » n’avait pas la même identité, ni le même public que « Lire » et qu’il ne resterait bientôt rien d’eux. Rien n'y fit. 

Voici Claude Perdriel qui entend maintenant rationaliser une autre partie de ses journaux, ses publications scientifiques. Là, il garde tout. Néanmoins, encore une fois, deux mensuels vont être fusionnés, au grand dam de leurs équipes qui, ici aussi, s'époumonent en démontrant que c'est un non-sens. D'un côté, en effet, « Science et avenir », magazine de vulgarisation tiré à 230 000 exemplaires. De l'autre, « La Recherche », dix fois moins imprimés puisque permettant aux chercheurs de faire connaître l'avancement de leurs travaux. D'un côté, donc, un journal très grand public. De l'autre, un titre réservé aux lecteurs de bon niveau. Deux cibles qui n'ont aucune raison de lire la même revue. À terme, le plus fragile des deux titres, « La Recherche » se sent menacé. 

C’est d’autant plus préoccupant que la médiatisation de la science soulève de multiples problèmes en ce moment

Trois mois de crise sanitaire charriant incertitudes, contradictions, rumeurs et fake news effarantes. Un prix Nobel qui déraille en direct, le professeur Raoult qui fait le show, d'anciens ministres de la santé qui tirent à boulets rouges sur les plateaux, des revues internationalement reconnues qui s'embourbent dans le scandale. Entre la science et les médias, entre le savoir et le faire-savoir, la raison se perd et le torchon brûle. Plus que jamais en effet, la communauté scientifique a besoin d’espaces médiatiques pluriels, balisés, scrupuleusement fidèles à leur positionnement éditorial, étanches aux caprices de l'audience, en un mot, crédibles. 

D’où la pétition signée ce matin par 200 chercheurs, dont trois Prix Nobels de physique, deux médailles Field, quatre médailles d'or du CNRS et des professeurs d'université et du Collège de France pour qu'en aucun cas, la science ne soit la variable d'ajustement du marché des médias.

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