L'AFP a un nouveau président depuis la semaine dernière, et des voix s'élèvent pour dénoncer la façon dont il a été choisi.

La Ministre de la Culture, Françoise Nyssen, va recevoir aujourd'hui une lettre ouverte signée de trois membres du conseil d'administration de l'AFP, ceux-là même qui devaient voter pour choisir le nouveau patron. Je vais tenter de vous résumer ce feuilleton très politique, que le personnel de l'AFP résume ainsi : "On se croirait dans Game of Thrones". 

Rappelons d'abord que l'Agence France Presse, dont les dépêches alimentent toutes les rédactions (que ce soit en radio, en télé ou en presse écrite) est la troisième agence de presse dans le monde, derrière l'américaine AP et la britannique Reuters. Un enjeu colossal, donc. Il y a encore quelques jours, la voie semblait toute tracée pour qu'Emmanuel Hoog rempile pour un troisième mandat. Face à lui, il y avait un seul candidat : Fabrice Fries, ancien de chez Publicis. 

Mais mercredi dernier, le président sortant reçoit un coup de téléphone venu du ministère de la culture, lui informant que l’État ne le soutient plus. Or, qui vote pour désigner le patron de l'AFP? Des représentants de l’État, notamment. Coup de théâtre inattendu : Emmanuel Hoog a donc préféré jeté l'éponge. Le matin même. Lui qui, invité sur France Inter l'année dernière chez Eva Bester citait, parmi ses remèdes à la mélancolie, cette phrase d'Héraclite : "Rien n'est permanent, sauf le changement". Emmanuel Hoog s'étant retiré, le conseil d'administration allait donc voter pour choisir parmi... un seul candidat. Le personnel de l'AFP s'en est ému et a cessé le travail jeudi. C'est rare, très rare, les grèves à l'AFP !

Et la lettre ouverte que va recevoir Françoise Nyssen est signée de trois membres du CA en tant que "personnalités qualifiées", notamment Julia Cagé, professeure d'économie à Science Po. Ils dénoncent une façon de procéder "très choquante"  sur la forme et sur le fond : " cette victoire à la Pyrrhus, et sur ordre - je les cite - n'est pas la bonne solution pour fonder une réelle légitimité". 

Voilà qui pose des questions essentielles. L’état doit-il avoir son mot à dire dans la gouvernance de l'AFP ? Oui, car l'AFP n'est pas une entreprise publique, mais elle est financée à un tiers par de l'argent public. D'aucuns pensent d'ailleurs que c'est parce qu'il militait pour une implication financière de l’État plus forte qu'Emmanuel Hoog a été écarté. Mais doit-on voir dans cette méthode - un coup de fil le matin du vote pour lâcher le président sortant - une ingérence assumée? 

Les journalistes de l'AFP ont cessé le travail jeudi dernier à 13h, pile au moment où Emmanuel Macron prenait la parole chez Jean-Pierre Pernaut. Résultat : aucune dépêche sur les déclarations du chef de l'Etat. Tout un symbole. 

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