Etranglés financièrement, de plus en plus de journaux quittent leurs locaux pour économiser des loyers.

Nous, il nous faut des studios, France Inter ne peut quitter complètement la Maison de la radio. Mais quand les journalistes ne produisent que du texte et de l’image fixe, ils travaillent de n’importe où. Certains patrons de médias n’ont pas côtoyé leurs équipes depuis le premier confinement. Ils ne font que réceptionner leurs articles. Or, aujourd’hui, les recettes publicitaires sont à l’arrêt ; les évènements et salons qu’organise la presse également ; les abonnements ne suffisent pas à couvrir les charges. Pourquoi ne pas renoncer définitivement à des locaux afin de réduire les coûts ? Mieux vaut rendre un bail que virer des effectifs… 

Aux États-Unis, le New York Daily News, le Miami Herald ou encore le Baltimore Sun ont mis la clé sous la porte, au sens propre du terme ! Plus de bureaux. Les conférences de rédaction, ces réunions où les chefs décident du menu du journal, du chemin de fer et de sa une, ont été remplacées par des meetings virtuels. Je vous entends déjà : « ils nous cassent les pieds les journalistes avec leur ouin-ouin corporatiste. Dans combien de professions, on subit aussi le travail à distance et la perte du contact humain ? ». 

Vous avez raison. Débats internes, confrontations d’idées, pots de fin d’année, moments de vie et élaboration collective ne sont pas l’apanage de la presse. Vous êtes nombreux à témoigner du même sentiment : privés des autres dans le boulot, puisqu’il faut faire, nous faisons, mais sans émulation. La question que je pose, moi, est la suivante : sans collectif et sans émulation, que reste-t-il d’un journal ? Comment affirmer des choix, un regard et des combats si un journal n’est plus qu’un genre de grand ordinateur qui centralise des articles venus d’ailleurs ? De fait, ça ne s’appelle plus un journal, ça s’appelle un agrégateur de contenus. 

Une rédaction est un corps constitué. Quid de son identité lorsqu’elle est « éparpillée façon puzzle » ? L’écrivain et journaliste à Libération Mathieu Lindon disait dans un beau livre « Fut un temps, ce journal n’avait aucun effort à faire pour être différent ». Cela ne raconte qu’une histoire, celle de femmes et d’hommes qui, ensemble, faisaient un canard qui leur ressemblait, conflits et aux tiraillements compris ! Vous savez ce qui se passe dans une rédaction est d’ordre économique, idéologique mais aussi chimique… beaucoup moins spectaculaire que ne l’a souvent fantasmé le cinéma américain. Vous savez pourquoi ? Quand on s’engueule, on postillonne, or cela n’est ni cinématographique, ni hygiénique. Mais sans les postillons, les rédactions disparaîtront. 

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