Lundi 15 juin, le tribunal a choisi le Belge Rossel pour reprendre le quotidien « Paris-Normandie » en liquidation. 60 départs sur 240 postes, mais une décision accueillie par des applaudissements et même des pleurs de soulagement.

Paris-Normandie
Paris-Normandie © AFP / Kenzo TRIBOUILLARD

Les salariés en finissent avec l’actuel actionnaire majoritaire, Jean-Louis Louvel, sorte de parrain normand, localement influent, dont ils ne veulent plus entendre parler et ce, à l’unanimité. C'est rare. Un journal, c'est un village gaulois. On fait front contre l'extérieur, mais en interne, on se tape dessus avec des poissons pourris !

Pourquoi Rossel est-il une bonne nouvelle ?

Parce que c’est un groupe de presse plus que centenaire qui n'appartient ni à un vendeur de frégate, ni à un vendeur de 4G. Un groupe à l’ancienne qui possède ses imprimeries et porte le nom de Pierre-Emile Rossel, fondateur du Soir, grand quotidien belge. L'entreprise est aux mains du clan Hurbain, une famille de cousins. Il y eut pourtant un intermède au goût amer. Dans les années 80 entrait au capital un certain Robert Hersant. Nous, les Français, on l’appelait déjà le « papivore », tant il avalait de journaux régionaux. On avait même fait voter une loi pour limiter sa toute-puissance dans la presse. Un pied chez Rossel, Hersant prit donc le pouvoir. Les cousins héritiers durent attendre leur tour… De quoi mûrir un goût pour l'indépendance et forger des statuts garantissant le contrôle familial.

Déjà il y a deux ans, Rossel avait tenté sans succès de reprendre Paris-Normandie, déjà exsangue

Parce que Rossel élargit son bassin d’audience belge dans tout le Nord de la France, de l'Est à l'Ouest. La Voix du Nord, c'est eux, depuis le début des années 2000. Puis vinrent les dernières miettes de l’empire Hersant. Et hop, L'Union (à Reims), L’Ardennais (à Charleville-Mézière), L’Est-Eclair (à Troyes), Libération Champagne. Auquel s'ajoute, notamment, Le Courrier Picard d'Amiens. Autant de titres remis en selle par leur acquéreur qui s’implante désormais en Haute-Normandie. 

Faut-il déplorer la concentration toujours plus accrue de la presse régionale ? Certes, huit groupes seulement se partagent la France. Mais force est de constater que, seul, un journal ne résiste pas à la crise et que pour sauver d'autres titres – France-Antilles et Nice Matin - il n'y avait personne sauf Xavier Niel, milliardaire des télécoms. Un vendeur de 4G dont le cœur est ailleurs.

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