Du jamais vu dans l’histoire des patrons de presse italiens : la guerre d’un père contre ses fils. Les vieux Dassault et Lagardère sont morts. Mais cette génération d’industriels et de financiers qui aura bâti les empires médias du XXe siècle, quand ils ne seront plus là, c’est sûr, on s’ennuiera.

Carlo De Benedetti, ingénieur , industriel et éditeur italien
Carlo De Benedetti, ingénieur , industriel et éditeur italien © Getty / Simona Granati - Corbis

Tellement avides, tellement hauts en couleurs, tellement égotiques, tellement de trafics politiques. 

Derrière un magnat, né généralement avant-guerre, il y a un homme qui vieillit

Derrière un homme qui vieillit, il y a un père qui met ses héritiers à l’étrier. Or, j’ignore pourquoi, mais le capitalisme familial, c’est toujours plus drôle appliqué aux médias

Né à Turin, il y a 84 ans, le toujours rayonnant et arrogant Carlo De Benedetti cède, en 2012, son groupe de presse à ses trois fils : Rodolfo, Marco et Edoardo qui contrôlent le géant transalpin Gruppo l’Espresso, donc des quotidiens extrêmement lus et influents comme La Stampa ou La Repubblica. Le tout est côté en Bourse. 

Justement, c’est par ce biais, le marché, que « il padre » a décidé de régler leur compte à « i sui figli », ses mouflets. En lançant une offre à 0,25 d’euros par action (en gros, au prix du cours) pour reprendre le contrôle de l’entreprise qu’il a lui-même laissée à ses descendants. Motif : « Mes fils n’ont ni la compétence, ni la passion requise pour être éditeurs ». Les analystes financiers comme les médias en sont restés médusés. Les fils aussi. « Je suis profondément attristé et déconcerté par l’initiative non-sollicitée de mon père », a commenté l’aîné. 

Quel personnage ce Carlo De Benedetti, mouillé jusqu’à l’os dans le retentissant scandale d’une faillite bancaire frauduleuse au début des années 80

Il s’y est considérablement enrichi. Menant ensuite des raids boursiers, comme celui contre la Société générale de Belgique. Il se targue, au crépuscule de sa carrière, d’avoir toujours été le cavalier solitaire du capitalisme italien. Et pour cause, Carlo De Benedetti se revendique de gauche dans un pays qu’il décrit lui-même comme « chrétien démocrate, maçon et mafieux ». 

« Ma vie fut une réussite dans un pays qui m’a été profondément hostile, pas les gens, mais les structures politiques et entrepreunariales ». Seul contre tous. Seul contre ses fils.       

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