On a prophétisé bien des fois la mort des journaux télévisés. En réalité, c’est la figure du présentateur star qui s’est éteinte.

Jean-Pierre Pernaut, 35 ans de 13h, lâchera la rampe en décembre. Il est le dernier. L’ultime incarnation de ces idoles cathodiques dont l’aura surpasse la puissance de leur tranche. Les autres, tous les autres, se sont effacés, par conviction, ou ont été priés de le faire, derrière l’information qu’ils portent à l’antenne. L’époque a radicalement changé. Vous voulez devenir une star ? Fuyez les JT. Ce qui ne signifie pas que ce rendez-vous soit épuisé. 

En 2008, quand la tête de Patrick Poivre d’Arvor est tombée – car oui, l’info a connu des monarques, des révolutions et des échafauds – on s’est mis à confondre le corps du roi et le régime (ancien) qu’il symbolisa. Multiplication des canaux télé, fragmentation de l’audience, une, puis deux, puis trois, puis quatre chaines d’info, concurrences frontales de nouveaux écrans, triomphe du temps réel : c’était une évidence le 20h se mourrait. En 2015, quand Claire Chazal s’est fait virer, là, le 20h était mort. En 2017, quand David Pujadas a été limogé, le JT était mort-mort. Et avec Pernaut, il est mort-mort-mort… 

Mais c’est oublier cette nouvelle génération de journalistes télé qui s’y est essayée et qui, en toute décontraction, a dit « non » au JT : Mélissa Theuriau, Harry Roselmack, Marie Drucker, Léa Salamé. A leur manière, ils ont sorti la messe de l’info de cette logique binaire, la toute-puissance ou le trépas. Ils l’ont désacralisée. Comme un Samuel Etienne est passé, sans sourciller, du 13h à « Questions pour un champion », puis à l’info radio. 

C’est oublier, aussi, que ce qui ont remplacé les décapités : Gilles Bouleau, Anne-Claire Coudray sur la Une, Anne-Sophie Lapix sur la 2, font des journaux impeccables sans jamais jouer de leur personne. Ils personnifient le moins possible les choix éditoriaux, revendiquant un professionnalisme tout en sobriété, et ils n’exposent rien de leur vie personnelle, derrière laquelle, d’ailleurs, nulle ne cours. 

Le paradoxe c’est que leurs journaux, eux, demeurent courus et très exposés. Leur grammaire s’est complètement renouvelée. A l’échelle d’une télévision globalement moins regardée qu’avant, les Français sont fidèles à leurs 13H et 20H. Ils changent même de chaine pour les attraper ! Confère les audiences phénoménales réalisées par la Une pendant le confinement alors même que les programmes qui précédaient l’info étaient faiblards. Les gens zappaient – un mot des années 90 – pour le journal de TF1. Comme dans les années 90, les stars en moins.    

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