Malgré Netflix et autres plateformes vidéo, les salles de cinéma sont pleines à craquer. Mais le public a changé, et les films aussi.

Le cinéma a changé...
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L’offre de longs-métrages disponible sur Internet a beau filer le tournis, voire être concurrencée par 1001 séries de haut niveau cinégénique, les salles ne désemplissent pas. Pourtant, tout a changé sur ce marché. Tout. Alain Le Diberder, ancien directeur des programmes d’Arte, publie une très fine analyse de cette révolution dont voici un résumé :

Pendant longtemps, le cinéma américain - soit la moitié des tickets vendus en France - a été dominé par des entreprises appelées des Majors : Disney, Warner, Sony, Universal, Fox et la Paramount. Chacune représentant 15% du gâteau. Sauf que Disney a bouffé la Fox. Et que Disney pèse maintenant 35% à lui tout seul. Ce mois-ci, sortie de La Reine des Neiges 2. Puis demain, du dernier Star Wars. Deux superproductions Disney qui s’accaparent tous les écrans. En décembre, le cinéma mondial s’avère Disney-dépendant.

En outre, dans les années 2000, les majors sortaient 115 films par an. Aujourd’hui, 85 seulement. Parmi lesquels, le nombre de suites, on dit des « licences », a explosé. Cette année, Star Wars 12, Avengers 4, Terminator 6. Ces suites ne constituaient que 5% du box office jusque dans les années 1990. Maintenant, elles s’arrogent 40% des entrées. Ces suites, ne s’ajoutent pas aux autres films, elles s’y substituent. Parce que plus il y a de suites, moins il y a de nouveaux films différents sur les grands écrans. C'est pour ça, par exemple, qu'aucun géant du ciné américain n’a voulu du Irishman de Martin Scorsese, un film d’auteur qui n’est la suite de rien. Résultat, il est sur Netflix. Aux salles, le petit nombre de mastodonte, aux plateformes, la diversité et la création ?

Le public, maintenant. Même nombre de fauteuils occupés, mais pas par les mêmes personnes qu’auparavant. Les moins de 24 ans baissent, les plus de 50 ans grimpent inexorablement. Chez nous, en dix ans, 20 millions d’entrées jeunes remplacées par 20 millions d’entrées senior.

Conclusion. Les cinémas vont faire le grand écart entre des jeunes qui ne renonceront à leurs écouteurs de smartphone que pour bouffer des bonbecs et voir des blockbusters, avec suite évidemment, produits par Disney évidemment. Et des vieux qui veulent des salles de qualité, des places de parking et du cinéma d’auteur. Quant aux futurs réalisateurs cinéphiles, ils ne feront des films plus que pour un public de cheveux blancs ou pour Netflix…

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