L'onde de choc provoquée par la chute de Benjamin Griveaux a fait resurgir un éternel débat : celui de l'anonymat sur Internet. Eric Dupont-Moretti, Richard Ferrand, Alain Duhamel... On ne compte plus les personnalités publiques qui conspuent la lâcheté des anonymes sur les réseaux sociaux, depuis trois jours.

L'anonymat sur les réseaux est-il le problème dans l'affaire Benjamin Griveaux ?
L'anonymat sur les réseaux est-il le problème dans l'affaire Benjamin Griveaux ? © Getty / Peter Dazeley/The Image Bank

Soit depuis que Benjamin Griveaux a renoncé à briguer la mairie de Paris. Voilà qui interroge : mais que vient faire l'anonymat dans cette galère ? Celui qui a diffusé les vidéos à caractère sexuel, en l'occurrence, ne l'a pas fait sous pseudonyme. Il s'agit vraisemblablement de Piotr Pavlenski, ressortissant russe qui vit en France avec le statut de réfugié politique. Même chose pour ceux qui ont relayé ces images, dès les premières heures, et ont contribué à leur viralité. Notamment Joachim Son-Forget, député, et Laurent Alexandre, médecin et essayiste. Deux personnalités qui s'expriment en leur nom et sont très suivies sur les réseaux sociaux. 

Tout cela ressemble fort à un réflexe 

À chaque scandale qui implique de près ou de très loin les réseaux sociaux, c'est pavlovien : on crie haro sur l'anonymat qu'il faudrait d'urgence interdire. Sans même parler de la difficile faisabilité d'une telle mesure, nous avons là deux visions d'Internet qui s'opposent, dans un débat bien plus politique qu'il n'en a l'air. Il y a quelques mois, Emmanuel Macron a déclaré qu'une levée progressive de l'anonymat était une question "d'hygiène démocratique". 

En face, les défenseurs de l'internet 2.0 voient dans l'usage du pseudonyme une indispensable liberté individuelle. Liberté d'échanger avec d'autres sur ses opinions politiques ou sur son orientation sexuelle, par exemple, sans en avertir son patron : personne n'ira dire à celles et ceux qui sont concernées que ce n'est pas "courageux". 

Sur les réseaux sociaux, un pseudo permet de s'émanciper de la pression de sa famille, de son employeur, de sa religion, et j'en passe. Se battre contre l'anonymat revient souvent à faire mine que ces pressions n'existent pas. 

Mais attention : l'anonymat, ce n'est pas la loi de la jungle

Il existe des moyens légaux pour connaitre l'identité qui se cache derrière un pseudo. Si on vous harcèle sur Internet, si on vous insulte, vous diffame, si on diffuse des photos dégradantes de vous, vous pouvez demander à ce que l'anonymat de l'auteur de ces contenus soit levé. C'est juridiquement possible, techniquement possible. De nombreuses victimes de harcèlement ont déjà utilisé ce droit pour donner rendez-vous à leur harceleur au tribunal. 

Finalement, ce débat mérite-t-il d'exister ? Est-il intéressant ? Sans doute. Mais il n'a rien à voir avec l'affaire Griveaux. Et cette tendance, chez les anti-anonymats, à se servir de faux prétextes pour instruire de faux procès devrait nous alerter.

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