Un journal anglais, le Daily Telegraph, va rémunérer ses journalistes en fonction du nombre de clics qu’obtiennent leurs articles sur le site. C’est ce qu’affirme un journal concurrent, le « Guardian », qui s’est procuré des messages internes échangés entre patrons du « Telegraph ».

Un journal anglais, le Daily Telegraph, va rémunérer ses journalistes en fonction du nombre de clics qu’obtiennent leurs articles sur le site.
Un journal anglais, le Daily Telegraph, va rémunérer ses journalistes en fonction du nombre de clics qu’obtiennent leurs articles sur le site. © Getty / narvikk

Il s’agit de récompenser, par des variables de la fiche de paie, les auteurs qui engrangent le plus de vues et qui suscitent le plus de demandes d’abonnements de lecteurs avides de lire leurs articles.

Évidemment, bronca à la rédaction du « Telegraph ». Evidemment, reculade du « Telegraph » qui se défend d’encourager ses journalistes à devenir ce que nous appelons – dans notre jargon, le mot est délicieux – des « putes à clics ».   

Qu’est-ce qui engendre du clic, de l’appétit, du bruit, de la curiosité ?

La semaine dernière Meghan & Harry. Cette semaine, le cul nu ridé et énervé de Corinne Masiero. Vous noterez que, habilement, j’ai traité des deux sujets ! Clic : tout ce qui a trait à un clash, une polémique. Clic : les scandales sexuels. Clic : les people. Triple clic : les affaires de mœurs chez les people, Weinstein, Woody, Polanski, Duhamel, PPDA. 

Clic : les dossiers noirs du pouvoir. Clic : les faits divers. Clic : l’argent à gogo. Clic : le complot. Au top du clic, donc : son altesse royale, le prince Andrew baisant des filles mineures dont un milliardaire juif américain proche des présidents faisait la traite. 

Clic : la santé et la science lorsqu’elles font peur. Clic : les vaccins. Clic : l’actu internationale lorsqu’elle est chaude, partisane, explosive. Clic : le conflit israélo-palestinien. 

J’arrête. Imaginez que toute l’actualité soit ainsi strictement réduite à ce qui fait cliquer…

La terreur dans laquelle nous serions plongés. Avec les réseaux sociaux, le phénomène du partage et de la viralité, le racolage reste le racolage, mais les paradigmes de la course à l’audimat ont changé. 

Économiquement, c’est dur pour les médias d’y résister. Chacun pousse sur les réseaux ce qu’il sait, par avance, qui va marcher.

De là à encourager une rédaction à produire en ce sens, il n’y a qu’un pas. De là à indexer la récompense sur ces nouveaux indicateurs de performance… quelque chose me dit que « Daily Telegraph » n’est pas le seul à y avoir pensé…     

L'équipe
Contact