Ce matin, hommage à un magazine féminin né sous la Troisième République. Il est né en 1877. Les Veillées des chaumières, l’aïeul des magazines féminin. Ses lectrices ont entre 59 et 99 ans. Elles vivent en milieu rural ou dans de petites agglomérations.

"Les Veillées des chaumières" journal
"Les Veillées des chaumières" journal

Leur mère, leur grand-mère, leur arrière grand-mère parfois, lisaient déjà Les Veillées. D’ailleurs, elles s’appellent, entre elles, les « veilleuses ».    

Les « veilleuses » aiment les histoires, les lettres et les chansons d’amour. Les « veilleuses » aiment la poésie, les demeures d’écrivains, les petits musées cachés, les recettes de cuisines qui tiennent au corps et les récits historiques, surtout lorsqu’ils se déroulent pendant la seconde guerre mondiale. Les « veilleuses » d’antan étaient catholiques. Leur magazine a changé. Il s’est même permis un sujet sur Simone de Beauvoir. Ohhh…    

Les Veillées des chaumières ne proposent plus de patrons, ni de modèles de tricot comme naguère. Mais le courrier des lectrices témoigne du grand nombre de « tricoteuses bénévoles » partout en France pour des associations. Elles réclament de la laine dans les colonnes du journal. Les « veilleuses » en envoient. Comme elles envoient, à la demande, des petites cartes d’anniversaire à leurs congénères isolées. C’est vrai, quoi, passé un certain âge, il n’y a plus grand monde autour de soi…     

Les « veilleuses » aimaient bien quand le journal était vendu en kiosque, c’était la sortie de la semaine, l’occasion d’un lien social. Aujourd’hui, Les Veillées fonctionnent seulement par abonnement. La moitié de ses pages sont encore, 19ème oblige, réservées aux feuilletons. Et illustrées, s’il vous plait. Dans la veine de ces couvertures… à nulles autres pareilles dans la presse française. Photos pleine page aux motifs naïfs et aux couleurs saturées, tel l’almanach des PTT.    

Pourquoi vous parler aujourd’hui des Veillées des chaumières ? Parce que ce discret pionnier fait partie des titres de Mondadori repris par le groupe Reword Média. Je vous ai raconté toute la brutalité de ce rachat, les rédactions qui se vident de leurs journalistes. Et l’objectif des nouveaux propriétaires : développer les clics et la pub. Or, Les Veillées ne comptent ni réclame, ni déclinaison numérique. En fait, ce journal s’adresse à la France qui n’a pas Internet. Et elle existe bel et bien cette France-là. Elle écrit, elle lit, elle tricote.

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