Le gouvernement italien menace de couper les vivres aux journaux qu’il accuse de « polluer le débat public ».

Le ministre du Développement économique, du Travail et des Politiques sociales, Luigi Di Maio
Le ministre du Développement économique, du Travail et des Politiques sociales, Luigi Di Maio © AFP / Andreas Solaro

« Et le pire, c’est qu’ils le font grâce à l’argent de la collectivité », s’est emporté cette semaine sur Facebook, Luigi Di Maio, du Mouvement 5 Etoiles. La presse italienne a répondu ce week-end avec une extrême vigueur dans ses éditoriaux, dénonçant un dangereux déni de démocratie.Le sujet a également passionné nos confrères suisses, comme « La Tribune de Genève ». 

Ce ne sont pas les aides publiques à la presse telles que nous les connaissons en France, que visent les alliés anti-système italiens. Mais toutes les pages de publicités achetées aux journaux par des entreprises publiques, des institutions ou des collectivités territoriales. Dans une prochaine loi de finance, «nous prévoyons une réduction des contributions publiques indirectes et nous préparons une lettre aux sociétés dans lesquelles l'État détient des participations pour leur demander d'arrêter de payer », tonne Luigi Di Maio. Désastre économique à venir pour la presse transalpine. C’est la mort annoncée de pas mal de publications, notamment au niveau local.  

Le Mouvement 5 Etoiles, comme la Ligue d’extrême-droite de Mateo Salvini, privilégie la communication directe sur les réseaux sociaux.  Sur Twitter et Facebook, lieux, selon eux, d’une parole populaire libre et authentique.

Ecoutez Luigi Di Maio, vice premier-ministre de 32 ans : « Je ne lis jamais les journaux italiens pour m'informer (...), mais seulement pour comprendre comment ils veulent nous attaquer». Et La Repubblica d’analyser : «Dans le monde de Di Maio, les journaux sont des ennemis, des intrus, des clandestins, des parasites. » 

L’homme politique italien fustige aussi la réforme du droit d’auteur que vient de voter le Parlement européen.

Et qui oblige les géants d’Internet à reverser des subsides aux journaux dont ils véhiculent les contenus. Une « honte, une excuse pour légaliser la censure préventive», crie Di Maio. «Ce sera un vrai plaisir de voir après les européennes, une classe dirigeante communautaire complètement rénovée qui ne pensera même pas à faire passer des cochonneries pareilles». 

Les populistes de tous nos pays ont en commun d’avoir fait du « système médiatique » un obsessionnel adversaire. Que nos démocraties ne tombent pas aux mains de Facebook, Twitter et de ceux qui les veulent pour unique porte-voix, voilà, un enjeu pour les élections de mai prochain. 

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