Consternation, hier à France 3, la société des journalistes découvre une deuxième photo truquée à l’antenne.

Capture écran du JT de France 3 diffusé samedi 15 décembre
Capture écran du JT de France 3 diffusé samedi 15 décembre © France 3

Résumé des faits. Plus on avance, plus ils sont navrants. Samedi, dans le 19/20 de Catherine Matausch, apparaît sur le mur d’écrans plasma du studio, une image de gilets jaunes avec une pancarte anti-Macron dont on a volontairement gommé le mot « dégage », alors qu’il apparaissait sur la photo originale ciglée AFP ! L'AFP elle-même et Checknews de Libération mettent à jour cette histoire. France 3 plaide maladroitement pour « une erreur humaine » et présente, dimanche, ses excuses à l’antenne.

C’est une cheffe d’édition en CDD qui a pris, en fait, cette initiative et l’a imposée aux infographistes. Elle avait peur que « dégage » passe pour un propos haineux ou dégradant. Elle n’en a pas avisé sa hiérarchie. Voilà, une manipulation idiote, inutile qui entache non seulement la réputation de France 3, mais celle des journalistes de tout France Télévisions, comme l’a vertement écrit leur syndicat lundi. Et je dirais, moi, celle de tous les médias publics, soupçonnés d’agir aux ordres de l’Elysée. Quoi de mieux pour alimenter la thèse d’une main invisible qui tire les ficelles de journalistes-pantins ? Théorie qui fait son chemin, martelée par certains leaders politiques. 

Toutefois, le rebondissement de hier après-midi y met fin. La Société des Journalistes de France 3 découvrent médusée qu’une autre photo a été trafiquée pour habiller le JT. C’était le 23 novembre. Cette fois, on a « rajouté » un gilet jaune avec écrit dans le dos « Macron dégage », sur une photo où il n’existait pas. Donc, le problème n’est plus de savoir si on a affaire à des propagandistes ou des censeurs, mais comment on fait avec des pignoufs qui font voler en éclat la conception même de ce qu’est un média. 

Le bidouillage d’image est le propre du Web. Dans un média, une photo, on n’y touche pas. D’abord parce que le droit moral et le droit d’auteur sont le BA-ba de nos métiers. Ensuite, parce qu’une photographie, c’est une information. Et une information, ça ne se trafique pas. Avec une hiérarchie qui ne parvient pas à contrôler ses  photos studio, France 3 se place malgré elle au même niveau que les réseaux sociaux. Allez plaider après ça que la valeur ajoutée d’un média c’est la vérification de l’info… Désastre. De quoi briser le fil fragile qui nous relie à ceux qui font encore la différence.  

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