Ce soir, conférence de presse du Premier Ministre. Un exercice devenu récurrent qui modifie le visage des chaînes d’info.

Conférence de presse du Premier Ministre : un exercice devenu récurrent qui modifie le visage des chaînes d’info.
Conférence de presse du Premier Ministre : un exercice devenu récurrent qui modifie le visage des chaînes d’info. © AFP / CHRISTOPHE ARCHAMBAULT

Hier, conférence de presse de Gabriel Attal, pour annoncer quoi ? Qu’il nous faut attendre la conférence de presse de Jean Castex du lendemain. Ce qui ne nous étonne plus, tant l’exercice est devenu un invariant de la communication politique, et le marqueur médiatique de l’année 2020. 

Un rituel : le silence, l’attente, le fond sobre, les drapeaux, l’estrade, le pupitre, l’entrée de l’orateur, la prise de parole, en direct

À l’heure des réseaux sociaux qui supposent la parole de tous avec tous et l’horizontalité des interlocuteurs, elle est frappante cette parole politique proférée dans un silence recueilli, émise du haut vers le bas (je vous rappelle, l’estrade), de l’un vers le multiple : 

Jean Castex parlant à un parterre de journalistes en même temps qu’il s’adresse à des millions de téléspectateurs

Ici, les journalistes se retrouvent dans la position des Français : assis à regarder le premier ministre.  

Vous me direz : eux, à la fin, ils ont droit de l’interroger. Oui, mais que fait la caméra ?

Elle bouge peu, ou pas. Le plan demeure fixe sur le politique-orateur, filmé surélevé, en majesté. Donc, pour les gens, derrière leur écran, ce qui prime - ce qui imprime - c’est la solennité de la posture, la parole officielle. On est loin, très loin de l’interview, champ-contrechamp, le politique et le journaliste se regardent dans les yeux. Les questions du premier peuvent s’enchaîner afin de pousser l’invité dans ses retranchements. Alors qu’en conférence de presse, chaque journaliste pose à son tour une question. Peu importe la réponse, on n’y revient pas. Attention, les membres du gouvernement donnent aussi des interviews, mais toujours après-coup, pour débriefer les annonces. 

Dès lors, on peut légitimement s’interroger sur la place accordée aux diffusions intégrales de conférences de presse, annoncées tambour battant, sur des chaînes d’info dont la vocation n’est pas de se transformer en canal officiel. Ça me rappelle la dernière campagne présidentielle. Nouveauté : les chaînes d’info retransmettaient les meetings des candidats - en direct, sans question, sans réponse, sans analyse, sans vérification de ce qui y était asséné, bref… sans journalisme. Une nouvelle campagne s’amorce, la crise sanitaire persiste. Et les journalistes télé, ils se résignent ?                 

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