Le groupe audiovisuel public italien, qui regroupe radio et télévision, va payer très cher sa servilité au précédent gouvernement populiste.

La Raï est au bord de l'effondrement
La Raï est au bord de l'effondrement © AFP / Mairo Cinquetti / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Lorsqu’ils étaient au pouvoir puis en campagne, Luigi di Maio, du mouvement 5 Etoiles, et Matteo Salvini, de la Ligue d’extrême-droite, ont fait perdre la boule à tout l’audiovisuel italien. Après un bilan du traitement de l’information et du temps de parole l’année dernière, le gendarme des télécoms italien avait déjà distribué des baffes à tour de bras, tant le pluralisme faisait défaut à Mediaset (le groupe de Berlusconi), au bouquet satellite Sky et à la chaine généraliste la 7. La Rai, elle, s’était pris une volée de bois vert, une amende de 1,5 million d’euros pour violation des principes d’indépendance, d’impartialité et de pluralisme, la RAI allant jusqu’à éliminer certaines formations politiques de ses antennes.

Pour rappel, les sorties de route et les polémiques ont été légion

En janvier dernier, en plein quart de finale du championnat de foot, les Italiens découvraient entre deux pubs un spot électoral pour Matteo Salvini. Et ce, à quatre jours d’une élection régionale à laquelle se présentait le leader d’extrême-droite. Scandale national, les dirigeants de la RAI sommés de s’expliquer. Il a d’ailleurs été envisagé de leur faire payer personnellement l’amende dont a écopé la télévision publique.

On sait désormais que ces patrons-là vont sauter. L’administrateur de la Rai et son président, le très controversé Marcello Foa, l’homme voulu à tout prix par Matteo Salvini et par l’extrême-droite italienne. Complètement inexpérimenté en télé, pointé pour ses penchants complotistes, xénophobes et homophobes, Marcello Foa a eu grand peine à obtenir sa nomination. Le clan Berlusconi, encore influent, ne voulait pas de lui. Aujourd’hui, l’Italie n’a plus que ses yeux pour pleurer. La Rai est en ruine. Sur le plan éditorial, je viens de vous en parler, mais également sur le plan financier, c’est l’effondrement.

La dette a doublé au cours de l’année dernière, atteignant 530 millions d’euros. Le conseil d’administration continue de nommer des nouveaux chefs à tous les étages. Les coûts d’exploitation et la masse salariale (13 000 employés) ne baissent pas. La faillite n’est plus très loin. Le ministre de l’Economie ne cache pas sa colère. Côté audiences, pas mieux. Contrairement à ce qui s’est passé, par exemple avec la BBC en Angleterre, durant le confinement, les chaines privées italiennes ont plus progressé que la Rai. L’Italie a surmonté l’arrivée au pouvoir de l’extrême-droite. Exsangue, la Rai ne s’en remettra pas.      

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