L’affaire Aubade repose la question du contrôle des images que véhiculent les affiches.

Publicité Aubade (depuis retirée) sur les Galeries Lafayette à Paris
Publicité Aubade (depuis retirée) sur les Galeries Lafayette à Paris © Maxppp / Le Parisien / Jules Wesolowski

D’aucuns réclament maintenant des mesures pour que ça ne se reproduise pas dans Paris. Quoi ? Une gigantesque paire de fesses trônant sur la façade des Galeries Lafayette. Fidèle à la tradition publicitaire de cette marque de lingerie, on ne voit de la femme photographiée que la culotte, pas le visage. Pour certains, c’est une atteinte à la dignité d’autant que le visuel s’accompagne d’un slogan « Parlez-vous Aubade ? ». C’est vrai qu’au verbe « parler », on n’a pas très envie de voir associé un popotin. Affiche décrochée.

Rappelons que l’affiche est, par définition, à même la rue. Seul média auquel les publics sont confrontés sans rien avoir demandé. Un piéton ne peut ni changer de chaîne, ni tourner la page. À moins de fermer les yeux, l’image s’impose à lui. 

Souvenez-vous du « porno chic » au début des années 2000 : indifférence générale quand c’était dans le magazine Vogue, scandale quand c’est devenu des affiches. 

Ici, en plus, il y a la taille. La dimension colossale de la pub Aubade sur le fronton des Galeries. Sachez que les images de cette dimension là, dans Paris, il n’en n’existe que sur les monuments historiques en travaux et sur des magasins où elles sont considérées comme « enseignes commerciales ». Ce sont des exceptions, parce que la Mairie de Paris a interdit tous les panneaux de plus de 8m². Tel est le droit de chaque municipalité : décider par un règlement propre l’emplacement, la surface et le nombre des panneaux. Paris l’exerce déjà de manière très restrictive. 

Maintenant une ville a-t-elle la capacité de contrôler les messages publicitaires qui figurent sur ses panneaux avant affichage ? De formuler le genre de publicité dont elle veut ou pas? 

Non, heureusement. 

Imaginez si chaque maire en fonction de son électorat éliminait les pubs montrant des noirs, des homosexuels, des femmes dénudées (il y en a pour qui c’est un péché), des produits halal, des produits bio parce qu’on est dans une région d’agriculteurs en colère, etc… 

Il y a mille recours face à une affiche qui pose problème, la loi mais aussi un organe interprofessionnel dont le code de déontologie s’avère très contraignant. L’opération Aubade s’est un peu faufilée parce que, encore une fois, c’était une enseigne, pas une affiche. Mais c’est rare. Et il vaut mieux ça que de laisser des municipalités censurer. 

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.