Le magazine "Sept à huit", présenté par Harry Roselmack, est accusé de "blackface".

"Sept à huit" (Capture d'écran)
"Sept à huit" (Capture d'écran) © TF1

Le blackface, rappelons-le, est une pratique jugée raciste qui consiste à se maquiller en noir. La séquence incriminée date de dimanche dernier. Le témoignage poignant d'une jeune femme, Nina, qui raconte comment elle s'est prostituée, pendant plusieurs mois, à l'âge de 15 ans. 

Le père de Nina témoigne également dans ce reportage, il raconte l'impression d'avoir été seul dans son combat pour sortir sa fille de la prostitution. A première vue, on pourrait croire que l'homme est blanc et sa fille métisse. Mais à y regarder de plus près, aucun doute : le visage de la jeune femme a été maquillé en noir, et elle porte une perruque afro. "Ils l'ont déguisée en Noire", s'indignent de nombreux téléspectateurs sur les réseaux sociaux. En effet, quand la caméra s'attarde sur les mains de Nina, la différence avec la couleur de son visage est frappante. Les équipes de "Sept à huit", face à la polémique, ont revendiqué ce maquillage : il ne fallait pas que Nina soit identifiable.

Harry Roselmack a aussi réagi. Le journaliste, dont on connait le combat pour la visibilité des Noirs, a publié hier une longue tribune sur sa page Facebook, dans laquelle il se dit "très touché" par les réactions. Mais pour lui, il ne s'agit pas d'un blackface. Ce n'est pas, je le cite, "une démarche d'agrément, de divertissement, de moquerie, de stigmatisation", mais un maquillage destiné à préserver l'anonymat d'une personne mineure.

Dont acte. Mais suffit-il de ne pas avoir d'intention raciste pour ne pas être raciste? Rien n'est moins sûr. On voit mal comment ne pas qualifier cette séquence de grossière erreur. Et cela offre l'occasion de s'interroger sur la façon dont on met en image la parole des anonymes à la télévision. TF1 aurait pu flouter cette jeune femme, me direz-vous, ou la filmer de dos. Certes, mais sur une séquence qui dure un quart d'heure, c'est compliqué : le risque est grand de perdre tout le monde avec quinze minutes de flou. Par ailleurs, il s'agit d'un portrait : une séquence qui laisse la place aux silences, aux regards qui hésitent, qui tremblent, qui s'émeuvent. Pour cela, il faut filmer le visage. Il ne s'agit pas d'excuser quoi que ce soit, mais on comprend déjà mieux la démarche de TF1. 

Voila qui rappelle une vieille émission de Jean-Luc Delarue... Souvenez-vous des anonymes dans "Ca se discute", qui portaient des perruques et des lunettes, pour rester incognito ! C'était souvent grotesque, mais au moins, on voyait ces gens parler, il y avait de la chair : sans doute était-la raison de ces accoutrements. La force de la télévision réside en partie dans le regard des gens qui parlent. Peut-être qu'à l'avenir, la technologie permettra de les rendre méconnaissables tout en montrant leur visage (je ne sais pas si c'est rassurant). Mais en attendant, le visage de Nina est repris partout. En assurant vouloir la protéger, ce reportage a plus que jamais exposé la jeune femme.

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