Depuis quelques jours, de plus en plus d’internautes adoptent sur les réseaux sociaux une photo de profil entièrement bleue. Allez jeter un coup d’œil sur Twitter, Instagram, Facebook... En lieu et place de la photo de l’utilisateur, un petit cercle azur, geste de soutien au Soudan.

Arrière-plan bleu
Arrière-plan bleu © Getty / Towfiqu Photography

Une épidémie de ciels miniatures

D’ailleurs souvent accompagné du mot clé #Blueforsoudan ou #Turntheworldblue. C’est aussi l’hommage à un jeune homme, Mohamed Hassim Mattar, dont la photo de profil était toute bleue lorsqu’il trouva la mort, le 3 juin dernier, dans la dispersion d’une manifestation. A la manœuvre, La Force de Soutien Rapide, une unité paramilitaire coordonnée par le vice-président.  Répression barbare qui aurait fait une centaine de morts, autant de personnes portées disparues et 500 blessés. 

Le 11 avril dernier, le dictateur au pouvoir depuis 1983, Omar el-Béchir a été renversé. Il était contesté par la rue depuis des mois. Le Conseil militaire de transition qui lui succède l’est tout autant. Mohammed Mattar avait 26 ans, il avait fait ses études d’ingénieur à Londres. Il postait nombre de vidéos des mouvements sociaux en cours. Redoutant, justement, la diffusion d’images après le massacre du 3 juin, les autorités soudanaises ont coupé le Web. 

Cette photo de profil en forme de cercle bleu figure à la fois l’individu privé de ses droits, donc de son identité, et l’œilleton obstrué, l’œil aveugle qui est le nôtre. Stars et influenceurs de la Toile l’arborent désormais. Même mes pré-ados boutonneux me disaient à table, hier soir, que leurs copains passaient au bleu… sans très bien savoir où se trouve le Soudan mais tout en s’y intéressant ! 

C’est le deuxième phénomène viral d’ampleur suscité par les soulèvements au Soudan. En avril, la photo d’une jeune femme avait fait le tour de la Toile, et, du coup, irruption dans les JT du monde entier. Debout sur le toit d’une voiture, elle haranguait la foule qui lui répondait « Thawra ! », « Révolution ! ». Sur le cliché, on voit cette icône pointer le doigt vers le ciel. A ses pieds, des centaines de gens brandissent leur smartphones pour partager cette séquence extrêmement puissante, rebaptisant la jeune leader « Kandaka », la « reine nubienne ». Elle porte la tunique blanche traditionnelle, un voile blanc et d’immenses boucles d’oreilles en formes de lune dorée. Qui – sur la photo - viennent s’incruster dans le ciel crépusculaire de Khartoum. A chaque soudanais son ciel. Mohammed Mattar disait sur Twitter « Je peins le ciel en bleu ». Kandaka lui ajoute une étoile sur la Toile.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.